PopCorn Reborn Summer Festival

POURQUOI REVOIR COUP DE FOUDRE A NOTTING HILL AU CINEMA ?

Vous connaissez le Popcorn Reborn Summer Festival ? C’est pas grave, il est encore temps de bien faire. Ça se passe à Arras, sympathique ville des Hauts-de-France dans laquelle réside l’association Popcorn Reborn (forcément). Inquiets et dépités par le décalage de sorties des blockbusters U.S prévus cet été, les cinq soldats de la culture pop qui composent l’asso ont décidé de réagir. A l’absence d’été américain, nous répondons en inventant notre propre été américain. 

Le Popcorn Reborn Summer festival, c’est une programmation de huit films emblématiques de la saison estivale, à raison d’un par semaine étalés sur deux mois. C’est aussi une raison de rappeler à travers des œuvres que l’on connait pourquoi l’expérience salles constitue toujours une occasion de les redécouvrir.

Et après les dinosaures, les gladiateurs et les grands requins blancs, c’est une autre créature de cinéma bigger than life qui s’invite sur les (grands) écrans du Popcorn Reborn Summer Festival. A savoir Julia Roberts, ancienne reine du bal hollywoodien et égérie de la comédie romantique des années 90, qui offrit à son genre fétiche l’un de ses emblèmes avec Coup de Foudre à Notting Hill en 1999.

Pour comprendre ce qu’était une star de cinéma avant l’arrivée des story-Instagram et de la célébrité de Smartphone, il faut faire l’expérience du sourire de Julia Roberts en salles. Au moins une fois, se donner la chance de voir le smile le plus courtisé des 90’s se déployer grandeur nature sur son support de prédilection. Etre une star du grand-écran, c’était avoir le privilège d’occuper le devant de la grande scène en ne faisant rien, ou si peu. Juste de laisser parler ce petit quelque chose en plus que la création a soigneusement oublié d’équiper le commun des mortels. Ceux-là ont le droit de s’asseoir pour regarder le miracle s’accomplir. Éblouir les voyants et rendre la vue aux aveugles : pas besoin de savoir changer l’eau en vin lorsque le simple fait de montrer ses dents devient une performance artistique en soit. Julia forever.

Or, c’est exactement ce dont parle Coup de Foudre à Notting Hill : comment l’icône sur adulée du moment va descendre de son Olympe en tombant amoureuse d’un simple mortel. En l’occurrence Hugh Grant, average Joe british jusqu’au col de chemise et male non alpha qui reflète les yeux de biche de Julia dans son regard de cocker. « Qu’est-ce qu’elle peut bien me trouver ? ». La question que les hommes se posent au moins une fois dans leur vie s’ils ont de la chance s’écrit en majuscules et capitales d’imprimeries quand il s’agit de la méga-star qui s’affiche sur les bus qui passent en face de chez vous. Encore plus s’agissant du beau Hugh, coeur d’artichaut invétéré dont le déficit d’estime de soit le rend défaillant de base face au beau sexe. 

Les grandes histoires d’amour sont impossibles, et les bonnes comédies romantiques sont celles qui les rendent possibles sans oublier de rester plausibles. En l’occurrence, Coup de foudre à Notting Hill lève le gant pour gifler les pronostics et raconter l’improbable : le coup de foudre du grand-écran d’Anna Scott/ Julia Roberts pour la petite lucarne du quotidien de Hugh Grant. Ce n’est pas l’histoire de Julia qui devient moins Roberts pour Hugh, mais Hugh qui apprend devenir Grant pour Julia. Tout le monde a une star en soit et une grande histoire d’amour à portée de regard. (Re)voir Coup de foudre à Notting Hill au cinéma, c’est s’en rappeler pour s’autoriser à y croire.

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Boyka: Last Action Hero, Uncategorized

YURI BOYKA: LAST ACTION HERO PART.3

BOYKA, UNDISPUTED : LE RETOUR DU ROI

Undisputed aurait pu s’arrêter au troisième épisode. En termes de personal achievement, Yuri Boyka n’avait plus rien à prouver, ni à lui ni à personne. C’était acte: Undisputed III entérinait une bonne fois pour toutes le règne du personnage sur le domaine des botteurs de culs. Certes, on n’ira pas jusqu’à inclure Donnie Yen et ses Ip Man parmi ses vassaux, mais le fait est là: Boyka est devenu une icône. Piratage oblige, sa légende ne peut-être tributaire des chiffres de ventes, et s’est répandue sur les lèvres de tous ceux qui ont assisté à son sacre en s’échangeant des liens de streaming. De quoi passer un peu plus sous le radar de la reconnaissance mainstream, mais c’est dans ces marges invisibles pour les comptables de la culture pop que survit une alternative à ses injonctions et normes. La politique du chiffre ignore l’existence des royaumes qui prospèrent à son insu: le territoire de Boyka est souterrain, sa couronne est celle de l’ombre. A l’écran comme à la ville, il est le meilleur. Les initiés le savent, mais le monde extérieur l’ignore encore. Il est temps de lui faire savoir.

THE WORLD IS YOURS

C’est en 2016 que Boyka: Undisputed remet son titre en jeu dans un secteur qui a vu son niveau de compétition augmenter substantiellement depuis son dernier combat. On aurait pu penser que le remplacement d’Isaac Florentine derrière la caméra était susceptible altérer le mindset du personnage, qui perdait son coach de la première heure avant de faire son entrée dans le grand monde. Mais dès les premières minutes, l’inconnu Todor Chapkanof met les choses au clair et s’emploie à respecter le cahier des charges de son prédécesseur sans donner l’impression de réciter un mode d’emploi. D’autant que la facture générale traduit une augmentation substantielle des moyens alloués depuis le précédent, offrant ainsi toutes latitudes au nouvel arrivant d’émuler le patron sans devoir tricher sur les outils employés. Nouveau homme fort de la série B pour Bourre-pifs, Scott Adkins rempile quand à lui dans son rôle fétiche avec la détermination et l’expérience de celui qui sait ce qu’il doit au personnage. Contrairement à Undisputed III et dans la mesure du raisonnable, Boyka: Undisputed est un film qui croit en son destin.

Je vais te cogner avec amour

Cette assurance frappe des les premières minutes. Chapkanof reprend le libellé de la franchise, mais les choses ne sont plus tout à fait les mêmes. Certes, le héros combat désormais en homme libre, mais le plus intéressant réside dans la façon dont le film va prendre acte de son nouveau statut. YB est en effet une icône à part entière, une star qui porte une franchise renommée à son état civil. Boyka: Undisputed: un vrai héros de pulp dans le titre et adopté comme tel par le grand-public, débarrassé des démons qui entravaient son chemin vers sa reconnaissance de « Most complète Fighter in the world« . Signe qui ne trompe pas : la chanson « Bring it On » de Nathaniel Erba, hymne de la franchise depuis le second opus (et ajout indispensable de toute playlist de salle de sport qui se respecte) est utilisée par le personnage (de façon extra-diégétique) pour annoncer son entrée en scène au public qui scande son nom dans les gradins et au spectateur qui fait la même chose sur son canapé. Boyka ne voit plus de contradictions à jouer l’entertainer et à donner au peuple ce qu’il attend, comme un athlète qui ajoute le marketing à sa palette de compétences. Pour convaincre au-delà de sa fan-base, il faut savoir se vendre.

BOYKA FROM THE BLOCK

Qu’on ne s’y trompe pas : l’homme n’a pas troqué son mode de vie ascétique contre la tentation épicurienne des nouveaux riches pour autant. Il vit dans une chambre de 5m2, reverse la quasi-intégralité de ses revenus à l’église orthodoxe du coin pour se dédouaner de vivre par l’épée, et s’arrange pour n’avoir qu’à se préoccuper de sa prochaine échéance dans le ring. Une machine toujours programmée pour la gagne, mais à (grand) coup de violence purement professionnelle. Just business, plus rien de personnel dans le déroulé … Du moins jusqu’à ce qu’il envoie à la morgue un adversaire qui a eu le malheur de persévérer dans la défaite. Chassez le naturel, il revient au galop. Sa culpabilité de grenouille de bénitier le pousse à filer incognito en Russie et aider la veuve dans le besoin de sa victime, alors même qu’un tournoi important pourrait le propulser en 1ère division. Un homme doit avoir un code, mais celui du bad mother fucker est parfaitement imperméable aux circonstances.

Malgré l’appel des fans, le danger qui guettait ce Boyka: Undisputed résidait justement dans son incapacité à justifier sa raison d’être uniquement sur le terrain du crowd-pleaser qui affole l’applaudimètre à chaque knock-out aérien du personnage (ce qui, pour tout bourrin qui se respecte constituait déjà une excellente raison de le faire). Surtout après la Passion de Boyka sur le mont Dolor du précédent, climax paroxystique qui concluait l’Odyssée christique du personnage, qui est aussi celle du cinéma de baston en général. La fin de l’Histoire en lettre majuscule condamne tout ce qui suit à rester dans l’épilogue.

CHERCHER LA FEMME

Mais une fois encore, la franchise va confirmer la place à part qu’elle occupe dans l’univers du DTV en refusant de réduire le personnage à une bête de cirque pour sa rencontre avec le nouveau monde. Il s’agissait ici de trouver des motifs forts à son retour sur le petit-écran, où un motif en l’occurence: la veuve de son adversaire qu’il a passé de vie à trépas à la force de ses poings. Là encore, il ne faut pas se tromper et céder à la facilité en l’affublant d’un sous-intrigue amoureuse antinomique avec l’essence même du popof bougon.

The beauty and the motherfuckin’ beast

Sylvester Stallone l’avait bien compris dans John Rambo et The expendables : la femme n’est pas là pour humaniser le guerrier en le ramenant à la vie civile, mais pour lui opposer un négatif (ou positif plutôt). Une icône de grâce, prompt à motiver Boyka le Dieu de la guerre à se mettre en travers du mal qui la convoite, ici un mafieux sur les nerfs qui négocie la liberté de la demoiselle contre sa participation à une série de combats clandestins. L’identité de cet épisode réside ainsi dans la vocation qui s’impose à lui: remettre momentanément de l’ordre dans un monde désordonné. Un justicier en quelque sorte, qui agit sous l’égide d’un code qui lui est propre. Boyka change mais reste lui-même, notamment à l’aune du sens de l’hyperbole d’une réalisation qui va une nouvelle fois greffer le faisceau de représentations pieuses du personnage à l’intrigue. On appelle ça adopter un point de vue. Ainsi, la douce Alma imprime instantanément son aura de madone au spectateur, tandis que le repère du Bad Guy ivre de lui-même (et pas en reste avec son pif des enfers régulièrement chopé en grand-angle) prend des allures de taverne du vice et de la débauche.

Protéger la veuve devient alors une mission sacrée instantanément comprise par le spectateur, qui identifie alors un motif propre au héros et non pas un code de genre qui s’impose à lui. Boyka détermine son propre chemin vers la rédemption. Une idée qui s’imprime jusqu’à la conception des combats, aussi spectaculaires (si ce n’est plus) que les précédents mais dénués de la dimension personnelle qui leur était associée. De fait, Boyka ne se bat pour plus lui mais pour quelqu’un d’autre, et ne monte plus sur le ring pour gagner mais pour tenir son engagement en temps et en heure. Se cogner, recommencer (avec un adversaire à chaque fois plus fort), souffler un coup et remonter le lendemain pour arracher la victoire avant la prochaine échéance. A l’instar de Ethan Hunt dans les Mission : Impossible, la quête de Boyka devient celle d’un Sisyphe condamnée à remet le couvert avec un rocher toujours plus lourd pour offrir le spectacle de ses performances. « I Want to be entertained ! » éructe le méchant: Boyka épuise ses limites physiques à faire le show, mais pour satisfaire l’agenda de quelqu’un d’autre. Ironiquement, alors qu’il atteint son apogée, l’horizon d’un futur en première division s’éloigne de plus en plus, comme un mirage qui s’éteint alors qu’il gravit le sommet de la montagne.

C’est là que ce quatrième épisode témoigne de sa volonté de faire primer l’intégrité du personnage sur ses ambitions de mainstream, et entérine la singularité heureuse de la franchise dans l’environnement du genre. Boyka: Undisputed n’est pas un film sur la conquête du monde par Boyka, mais sur la quête du pardon dans le châtiment autoinfligé. Le supplice du ring, c’est l’acte de contrition de Boyka, qui se dessine finalement un nouvelle montagne à soulever pour épancher sa culpabilité. Rien de plus de judéo-chrétien dans les os et dans les muscles qu’un héros de film d’action, surtout quand celui-ci prend l’hostie à l’église. Ainsi, après avoir commencer par s’en émanciper, le film retourne aux cellules souches du masochisme séculaire qui accompagne le genre dans lequel il s’inscrit. Jusqu’à renvoyer le personnage à son purgatoire de royaume: retour à la case prison, mais sans rancune pour le destin qui l’a voulu ainsi. Au fond, il est dans son élément.

Tomber, se relever et tout recommencer. Encore une fois, mais Boyka peut pousser son rocher le coeur léger, il est resté lui-même sans céder son éthique à ses aspirations. Grand, immense même il l’est devenu. A l’ombre du showbusiness, mais sous les yeux du spectateur. Un homme doit avoir un code.

PopCorn Reborn Summer Festival

POURQUOI REVOIR… LES DENTS DE LA MER AU CINEMA ?

Vous connaissez le Popcorn Reborn Summer Festival ? C’est pas grave, il est encore temps de bien faire. Ça se passe à Arras, sympathique ville des Hauts-de-France dans laquelle réside l’association Popcorn Reborn (forcément). Inquiets et dépités par le décalage de sorties des blockbusters U.S prévus cet été, les cinq soldats de la culture pop qui composent l’asso ont décidé de réagir. A l’absence d’été américain, nous répondons en inventant notre propre été américain. 

Le Popcorn Reborn Summer festival, c’est une programmation de huit films emblématiques de la saison estivale, à raison d’un par semaine étalés sur deux mois. C’est aussi une raison de rappeler à travers des œuvres que l’on connait pourquoi l’expérience salles constitue toujours une occasion de les redécouvrir. Cette semaine, on revient avec le film auquel l’idée même d’été américain doit son existence. Vous l’avez compris: on va parler des Dents de la mer de Steven Spielberg (encore lui! )

Steven Spielberg aime les grosses bêbêtes voraces. Avant même de déloger l’homme du sommet de la chaine alimentaire avec Jurassic Park, le réalisateur s’amusait déjà à contrarier le sentiment de supériorité de l’espèce avec Les dents de la mer. On pourrait croire qu’un carton aussi monumental que celui que connut le film à sa sortie en 1975 ne se fabrique pas en contrariant la zone de confort du grand-public. Mais l’oeuvre que l’histoire a désigné comme la matrice du blockbuster moderne a écrit ses lettres de noblesse sur la psychose que son grand-requin Bruce fit régner sur les stations estivales. C’est que dans le climat anxiogène propre à l’Amérique des années 70, Les Dents de la mer s’est imposé comme l’un des pourvoyeurs d’angoisses les plus puissants de la décennie. Charles Manson et sa secte n’inspirait pas la terreur qui s’emparait des plagistes à la vue de tout ce qui pouvait ressembler à un aileron de requin se découpant dans l’horizon bleu. Désormais, même la mer refusait au public de se laisser aller à son insouciance de saison. Non seulement l’homme n’est pas maître des eaux, mais il est cerné par un territoire hostile qui s’étend à perte de vue. Nous sommes peu de choses, il faut l’accepter. Mais aussi savoir remettre les choses à leurs places. 

Car aussi Spielberg que soit Steven, Les dents de la mer ne serait surement jamais devenu le phénomène que l’on connait sans la grande toile pour étaler sur toute sa largeur l’incitation à la panique générée par le cinéaste. Si le cinéma est une fenêtre sur le monde, Les dents de la mer ouvre une porte vers l’infini : l’étendue du territoire marin s’ouvre sur toute la largeur du cinémascope de grand-écran. L’inconnu est à portée d’oeil, et il amène un invité taquin avec lui.

Ainsi, Bruce se fait rare, mais choisit bien ses moments. Chacune de ses apparitions constitue l’occasion pour le spectateur de se sentir aussi écrasé que le personnage de Roy Scheider par la taille du squale. C’est un bateau ? Non, un prédateur à l’aura quasi-surnaturelle, chassé par ses proies sur son territoire qui n’a ni commencement ni fin. Le souffle de l’aventure n’est jamais aussi fort que lorsque l’homme se livre à une nature qu’il ne maitrise pas. Dans Les dents de la mer, c’est le mistral qui bourdonne aux oreilles du spectateur chaque fois que Quint pousse son bateau (trop petit) à la poursuite du monstre des profondeurs. Il faut le souligner : la postérité a tout donné à la créature, mais Bruce n’est pas le seul personnage du film à sortir en mythe. Le trio de personnages et leurs formidables interprètes ont tout autant leur place que leur adversaire au Valhalla des icônes. Les dents de la mer pose ainsi l’acte de naissance d’un grand paradigme spielbergien: l’humain se transcende à travers sa résilience face à des menaces et dans des espaces disproportionnés par rapport à sa taille. Et ça, le (petit) spectateur assis devant un (grand) écran de cinéma ne se contente pas de le comprendre. Il le ressent.

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POURQUOI REVOIR… GLADIATOR AU CINEMA ?

Vous connaissez le Popcorn Reborn Summer Festival ? C’est pas grave, il est encore temps de bien faire. Ça se passe à Arras, sympathique ville des Hauts-de-France dans laquelle réside l’association Popcorn Reborn (forcément). Inquiets et dépités par le décalage de sorties des blockbusters U.S prévus cet été, les cinq soldats de la culture pop qui composent l’asso ont décidé de réagir. A l’absence d’été américain, nous répondons en inventant notre propre été américain. 

Le Popcorn Reborn Summer festival, c’est une programmation de huit films emblématiques de la saison estivale, à raison d’un par semaine étalés sur deux mois. C’est aussi une raison de rappeler à travers des œuvres que l’on connait pourquoi l’expérience salles constitue toujours une occasion de les redécouvrir. Après les dinosaures de Jurassic Park la semaine passée, Popcorn Reborn enchaine avec une autre créature du grand-écran reléguée aux oubliettes de l’histoire. Jusqu’à sa résurrection par un réalisateur sinon visionnaire, au moins particulièrement inspiré. 


« Tu aimes les films sur les gladiateurs ? », demandait le commandant Peter Graves au petit Joey dans le cockpit de son avion en déroute. Dans le Hollywood de la fin des années 90, la question est vite répondue : oui, à la télévision pendant les rediffusions de Noël et à raison d’une coupure pub par demi-heure. Autant dire que le tapis rouge n’était pas vraiment déroulé à l’attention de Gladiator pour son entrée dans l’arène des salles obscures. Mais même César ne peut ignorer le verdict du public, et le pouce baissé de l’industrie pendant les mois qui précédèrent la sortie du film se lèva subitement sous les clameurs de la foule.

Faire mentir les pronostics et victoire de l’outsider par KO : l’histoire de Gladiator est celle du projet lui-même, balle perdue qui continue de toucher sa cible en plein cœur 20 après sa sortie. Les films qui se gravent à ce point dans l’inconscient populaire sont ceux qui cherchent avant tout à (bien) raconter une (bonne) histoire. Empereur de la culture pop des 80’s devenu général déclassé par les échecs dans les 90’s, Ridley Scott filme avec l’âme du gladiateur revenu des enfers. Le péplum est un genre qui a écrit ses lettres de noblesse sur grand-écran, Sir Ridley peint la calligraphie de sa résurrection pour le cinéma.

Davantage animé par le sens du devoir de Maximus que par l’hubris de Commode, Scott déploie sa tragédie à hauteur d’homme sur toute la largeur de la toile. Gladiator fait ainsi partie de cette catégorie d’œuvres où les scènes intimistes participent d’une même exigence de (grand)-spectacle que les batailles. Un blockbuster, ce n’est pas seulement des money-shots survendus par une bande-annonce, c’est un état d’esprit. Ici, chaque parcelle de l’image fait souffler à grand vent la puissance de la grande histoire sur la petite, chaque scène devient un instant-prégnant, chaque minute écrit cinéma avec un grand C sur l’écran. Ridley Scott ne fait jamais tomber le rideau qu’il lève lors de l’entrée de ses combattants dans l’arène: jusque dans ses moments les plus anodins, Gladiator se ressent se regarde et s’écoute dans une salle obscure.

Car si la simplicité de Russell Crowe accède à la grandeur, c’est aussi parce que la musique de Hans Zimmer achève de faire résonner l’histoire de Maximus dans le livre d’images du spectateur. Un orchestre symphonique pour le couronnement d’un empereur de la culture pop, ça se (re)vit au cinéma. 

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YURI BOYKA: LAST ACTION HERO PART.2

UNDISPUTED III, REDEMPTION : LA PASSION DE YURI

Comme le disait Eddie Murphy dans 48 Heures: « Il y a un nouveau shérif en ville ». Celui-là a un accent russe à faire pleurer une vache espagnole, une dégaine qui dit « fuck you » jusque dans sa coupe de cheveux, des capacités athlétiques qui donnent envie à Jean-Bruno de se décapsuler une bière de dépit depuis son canapé…. Et un genou en marmelade. En effet, le climax d’Undisputed 2 a laissé notre cher Yuri Boyka défait et hurlant au martyr après que son adversaire lui ait fait sauter la rotule à la force de ses biceps. Ce qui n’a pas empêché le personnage de connecter immédiatement avec le public, qui en a fait sa nouvelle égérie . Parfois quand on gagne on perd, et quand on perd on gagne. En l’occurence, Boyka a perdu une guerre mais gagné son title-shot pour un royaume sur lequel il compte bien asseoir son emprise. Tirer Excalibur de son rocher c’est bien, mais il est temps de conquérir son Kaamelot: ce sera Undisputed III-Redemption.

CONQUETE SANS ARMEE

Si l’idée d’une suite à Undisputed 2 centrée sur le personnage s’impose rapidement d’elle-même, les producteurs ne sont pas pour autant disposés à investir sur leur poulain. La radinerie proverbiale de Nu Image ne fait aucune concession au potentiel de son action-hero maison, dans lequel ils perçoivent davantage un tiroir-caisse low-cost qu’un futur champion des stades. Prophète d’un marché de niche en guise de pays, Boyka subit une coupe drastique des fonds pour sa promotion au premier plan (et ce malgré la côté grandissante de Scott Adkins ). Avec un budget quasiment divisé par 3 (on tombe de 8 à 3 millions de dollars!), on atteint un seuil de précarité où l’expression « économie de moyens » devient un euphémisme ingénu. Reconduit aux commandes, Isaac Florentine se voit donc contraint de faire « bigger, better and louder » pour écrire la légende de son personnage, mais avec un budget qui nivelle ses ambitions par le fond. Ça revient un peu à priver de monture un soldat polonais qui part à l’assaut des chars de la Wehrmacht: c’est limite mesquin.

START FROM THE BOTTOM

Mais comme l’a dit Jésus c’est dans le dénuement que s’accomplit la transcendance. Boyka fait voeu de pauvreté forcée, mais le chemin vers la grandeur est un itinéraire frugal. Les choses sont posées dés le début du film. Boyka, le conquérant sanguinaire qui terminait son adversaire inanimé dans la scène d’introduction du précédent, est devenu une loque hirsute affublé d’une patte folle qui lui interdit de remonter sur le ring. La honte est un châtiment que l’on s’inflige et pour cet orthodoxe ultra-pratiquant, l’estime de soit est désormais chevillée au balais à chiottes qu’il trimballe dans les effluves malodorantes de la taule. On pense fort à Jean-Claude Van Damme dans In Hell de Ringo Lam, pour le spectacle de régression masochiste d’un corps d’action qui se punissait dans sa déchéance passive. Si ce n’est qu’ici, le dolorisme Lars Von Trierien ne dure que cinq minutes. Juste le temps de sentir la foudre lui traverser les couilles, d’essayer un peu de kinésithérapie maison et de se refaire une beauté capillaire pour mettre la hagra au lourdaud qui avait pris sa place sous les spotlights. Direction une prison géorgienne dans les valises de l’inénarrable Gaga, qui doit présenter son champion dans un tournoi qui réunit les détenus les plus pugilistiquement qualifiés de la planète.

Vous trouvez ça bis ? Le traitement l’est tout autant. Privé des moyens de faire du pied à la qualité mainstream, Undisputed III ne cherche jamais à présenter un lit au carré. Florentine privilégie ses ambitions à la finition, et arbitre quasi-systématiquement en faveur de l’idée quand celle-ci se retrouve en tension avec la propreté de l’exécution. Fais-le maintenant, réfléchis plus tard: un pur état d’esprit de « man on a mission« , qui continue d’aller de l’avant quelque soit les obstacles (Boyka style).

QUOIQU’IL EN COUTE

Pas les moyens de terminer ses longs et amples mouvements d’appareils « naturellement » (malgré la reconduction- essentielle- de Ross Clarkson à la photo)? Pas grave, les zooms numériques permettent d’assurer la continuité de l’action. La production ne le laisse même pas habiller correctement les cousins de Borat qui squattent le casting figuration ? Pas grave, les gros plans agressifs sur leur faciès de porte-bonheur dynamisent leur présence. Pas le temps à consacrer à des scènes d’actions trop complexes? Pas grave… On va quand même les emballer. Undisputed III s’approprie la rotule bousillée de son héros dans sa conception même et avance en outsider. Faute de ne pas pouvoir ne pas regarder à la dépense, il ne s’arrête pas sur ses handicaps. Ça déborde de plis, ça rigole trop fort, ça postillonne sous le masque… Bref, du vrai cinéma bis au sens premier du terme, qui défie les normes d’hygiène et de sécurité de la production de « série A ». Undisputed III bave un peu, et ne le cache pas.

C’est vraiment un plateau de bagnards…

Pourtant, malgré son déficit de production value, le film ne marque pas le pas face au second volet. D’abord parce que les scènes d’actions réussissent justement à dépasser le précédent en termes de spectacle, en dépit d’une conception que l’on imagine soumise à un timing de guérilla et le genou en carton de son personnage principal. Larnell Stovall remplace JJ « Logo » Perry à la chorégraphie, les combats s’efforcent avec succès de confronter les styles des différents belligérants, et le climax se paye le luxe de s’installer au sommet de la franchise et au Panthéon du genre, tout épisode confondu. Un titre qui ne découle pas seulement des qualités (et c’est peu dire!) de leur exécution, mais des velléités de story-telling construites en amont qui se concrétisent dans son déroulement. Story quoi?!

Et oui, c’est bien le terrain sur lequel ce B trempé dans la confiture prend son envol et consacre son personnage sur le trône qui lui revient de droit à l’issue du dernier plan. Car aussi jouissif soit-il, Undisputed II fonctionnait finalement sur une logique de confrontation binaire, ou les sous-intrigues concernant les personnages constituaient avant tout prétexte à affrontement. C’était tout ce qu’on demandait, et le contrat était rempli jusque dans les petits caractères. Mais ici, Florentine profite de l’arrivée de Boyka en tête d’affiche pour inverser la problématique : c’est lui et son parcours qui vont articuler les scènes d’actions,. Pas l’inverse.

GOLGOTHA, MAILLOT JAUNE

Poussé à l’introspection par son déclassement violent de la chaine alimentaire, Yuri B. doit regagner le statut qui est le sien ou mourir comme il a vécu, non sans remettre en question et dans la douleur ses certitudes au passage. Cette volonté de construire une action qui se révèle organique avec le point de vue du personnage principal s’impose dans un découpage et une écriture soucieux d’évocation et d’éloquence. On songe à ce dialogue par chaines de forçats interposées avec son binôme (qui rappelle- et à dessein- Michael Jai White dans le premier), ou ce passage au mitard qui flirte avec l’introspection théâtrale. Florentine prend la mesure de son personnage principal et refuse de le réduire à l’attraction bad ass pour acrobaties de vidéo-club à laquelle ses producteurs voudraient le réduire.

Autrement dit l’aura de Yuri Boyka ne tient pas dans ses seuls high-kicks, et Florentine s’emploie à le prouver en forgeant subtilement son récit dans son regard. Undisputed III s’impose ainsi quasiment comme un film à la première personne qui ne dit pas son nom, notamment lorsqu’il s’emploie à imprimer à l’écran l’imaginaire religieux dans lequel baigne le personnage. Une démarche qui prend tout son sens dans sa confrontation avec Dolor, némésis pour le moins atypique pour ce genre de production. Belzébuth latin et longiline, sexué jusque dans un timbre de voix suave, Dolor est un bad guy qui fait planer une menace presque androgyne sur le massif et rugueux Boyka. On pense presque à un méchant de japanimation, idée entérinée le cabotinage « outra control » du chilien Marko Zaror (aussi impressionnant qu’Adkins sur le ring).

Ainsi, plus encore que dans ses scènes de combats c’est dans le traitement de son personnage qu’Undisputed III touche quelque chose qui relève de l’essence- même du genre qu’il investit. C’est un secret de polichinelle, mais il n’y a rien de plus fondamentalement judéo-chrétien que le film d’action au cinéma. On n’a rien sans rien, pas de victoire sans douleur, de transcendance sans souffrance et de résurrection sans mort : le genre n’a jamais fait que rejouer le chemin de croix de Jésus à travers ses figures de proues (Clint Eastwood, Sylvester Stallone, Jean-Claude Van Damme). L’action hero se définit par sa capacité à encaisser les coups, même si contrairement au Christ sur sa croix, on attend toujours fébrilement le moment où il va rendre ce qu’il a reçu. Plus grande est la punition, plus libératrice sera la catharsis: les termes fondamentaux du contrat régissant le lien entre le genre et le spectateur n’ont pas changé d’un iota depuis les débuts de la création.

A cet égard, Undisputed III s’impose comme le paroxysme indépassable d’un univers dont il rejoue les enjeux sous-jacents à même son imagerie. On retient ainsi cet instant où Boyka remonte sur le ring, le genou maintenu par une attelle de fortune qui laisse s’échapper du sang (sans que ce soit justifié narrativement) sous le regard entendu de son adversaire. Le film s’émancipe ouvertement de son contexte diégétique pour embrasser sa symbolique à pleine bouche: Uber-Boyka de Nazareth a reçu les stigmates du Messie, et il se garde bien de tendre l’autre joue. Le spectateur se retrouve dans les gradins, à célébrer sa résurrection avec les autres convertis tandis qu’il punit son bourreau, le sang fouetté par ce qu’il convient d’appeler (osons le mot) un grand moment de cinéma. Un peu comme si se déroulait sous nos yeux une correspondance œcuménique entre Bloodsport et La Passion du Christ de Mel Gibson. On exagère un peu mais pour les bourrins congénitaux qui constituent le public-cible du film, on n’est pas loin de l’expérience mystique. 

Quand Ponce-Pilate s’en lave les mains, Jésus le montre du doigt

C’est une certitude, il est préférable de disposer d’une sensibilité spécifique pour mettre les pieds dans le plat Undisputed III: Rédemption dans de bonnes conditions. La poésie christique qui s’échappe des larmes de sang du mâle-alpha en sueur qui triomphe sous les acclamations de la foule n’est accessible de toutes évidences qu’à un parterre réduit d’élus. Mais ceux-là savent que malgré les embûches, Undisputed III a bel et bien offert un royaume à son personnage qui continue de régner sur ses administrés. Dans la douleur et contre tous les pronostiques: c’est ça le destin d’un action hero.

blogcinema, Boyka: Last Action Hero

YURI BOYKA: LAST ACTION HERO PART. 1

UNDISPUTED 2, LAST MAN STANDING: UNE ETOILE EST NEE

« Boyka, Boyka, Boyka…. ! ». Tous mordus de la première heure de cinéma d’action le savent : la seule icône digne de ce nom à avoir émergé de la production occidentale du genre dans les années 2000, c’est lui. Yuri Boyka pour vous servir, Tony Jaa des cavernes et golgoth élastique qui s’est pour la première fois introduit par la petite lucarne du DTV pour poncer la concurrence du grand-écran avec ses parties génitales dans Undisputed 2: Last man Standing en 2006. Une suprématie qui ne tient pas seulement aux prouesses martiales de son interprète Scott Adkins, mais aussi à un vrai désir d’élever sa proposition initiale à travers une logique narrative aux antipodes de son époque. Il s’agit donc ici de revenir indépendamment sur les trois épisodes d’existence du personnage au sein de la franchise. Pour démontrer que sous leurs allures de films de bastons jouissifs mais bas du front, les Undisputed ont posé une pierre angulaire dans le jardin mythologique du genre. Moteur? Action!

MAGICS MIKES

A l’aube du nouveau millénaire, le nom de domaine du cinéma d’action n’est plus celui de son public initial. Les fantasmes de puissance, d’affirmation individuelle et de dépassement de soi du chromosome XY ne constituent plus le cœur de cible des producteurs. Ceux-ci ont compris l’intérêt de détourner l’axe de rotation du genre de Mars à Vénus pour féminiser les rangs de leur audience. Jason Statham, Transporter/ kicker de profession et stripteaser par vocation. Brad Pitt, Achille tout en blondeur au vent et huile de bronzage Ushuaia sur le torse dans Troie. Les Dieux du stade de 300 et leurs abdos photoshoppés qui brillent sur la cover de la bataille des Thermophiles… Les nouvelles icônes du genre descendent de leur Olympe comme de la barre de pole-dance sous la pluie diluviennes de billets lancées par les spectateur-trices extatiques. Les modèles des uns sont désormais les objets des autres. Tous, sauf Yuri Boyka justement. 

Est-ce que tu sais danser la Carioca?

Meurtrier multi-récidiviste de son état, ultimate fighter par ambition et bad ass mother fucker par vocation, Yuri Boyka est le champion undisputed de combats clandestins organisés par la mafia russe, qui purge sa peine en bottant des culs dans une taule glauque du pays des tsars. Lorsque George Chambers, ancien champion américain de boxe poids-lourd à la réputation sulfureuse se fait emprisonner suite à un coup monté, l’affrontement entre les deux uber-Alpha devient rapidement inévitable… Pour le plus grand bonheur du mafieux qui a piégé Chambers et celui du spectateur enivré par cette testostérone suintante de taureaux nourris au steak de cheval. 

BORN TO FIGHT

Undisputed 2 était d’autant moins attendu au tournant que cette suite de l’excellent film de Walther Hill avec Wesley Snipes et Ving Rhames était avant tout conçue comme un véhicule pour Michael Jai White. Rescapé de l’arrière-plan des séries B bourrines des années 90 qui n’avait jamais réussi à réellement conclure en lead-role, l’acteur reprend le rôle de Rhames et occupe ici seul le haut de l’affiche. Bad ass jusqu’au lever de sourcil, la carrure trempée dans la même cuve de stéroïdes que son charisme et faisant montre d’une maitrise toute samuel jacksonienne du « motherfucker » en point de ponctuation, White n’est pourtant pas celui que les spectateurs retiennent lorsque le film débarque dans les bacs. C’est son antagoniste Yuri Boyka et son interprète Scott Adkins qui impriment la rétine de l’inconscient populaire.

La coupe de cheveux d’un hooligan des 90’s, des tatouages saillants ornant le pectoral sous tension, le bouc taillé au cutter : Boyka, c’est une dégaine équivoque à une attitude. Le look « Peaky Blinders » avant l’heure, et sa récupération en accessoire de mode par le hipster moyen qui habille sa virilité dans le prêt-à-porter Viking. C’est aussi un état d’esprit : chrétien orthodoxe ultra-pratiquant, ascète rigoriste et intransigeant avec son cadre moral. A tel point qu’il n’hésite pas à tuer l’un de ses hommes de mains pour avoir truqué à son avantage le premier combat contre Chambers. Méchant oui, mais avec une éthique.

BMF (BAD MOTHER FUCKER)

Mais c’est aussi et surtout un tyran des rings, despote du triple high-kick retourné qui ne laisse ni répit ni porte de sortie aux inconscients qui lui tiennent. Yuri Boyka ne se contente pas de gagner : il prend l’âme de ses victimes et ne considère la victoire acquise que dans l’annihilation total de l’être antagoniste. Son but n’est pas de battre l’opposant, mais de lui passer l’envie de revenir dans l’arène. « Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes » : Boyka le Barbare ne laisse que des râles ensanglantés derrière lui. L’inverse absolu des animateurs et animations de soirées « girls only » qui constituent le nouveau profil Tinder du genre. Boyka, c’est un album de Kaaris (à quand le single éponyme ?!) dans un monde de surveillants de plages.  

Evidemment, pour traduire cette personnalité avenante à l’écran, il faut un interprète pour lui donner corps. En l’occurrence Scott Adkins, briton au charisme borderline qui défie les lois élémentaires de la physique pour démonter ses adversaires. La scène d’ouverture donne le ton, : galvanisé par les applaudissements du public, Boyka enchaine les figures dignes d’une version hardcore du Cirque du soleil pour anéantir son adversaire. Et ce, sans se priver de la finition en ground-and-pound sur son opposant inanimé, totalement gratuite mais « super necessary » comme le vin rouge avec la blanquette.

On n’a pas peur d’affirmer ici qu’Undisputed 2 est le film qui a ramené l’Oncle Sam dans le cercle du film de stomb’. Surtout à une époque où le genre en territoire U.S se réduisait aux numéros de lapdance de Jason Statham dans les Transporters et au close-combat monté et cadré par un alcoolique en plein sevrage des Jason Bourne. Dès sa sortie, le film d’Isaac Florentine tient la dragée haute face aux Ong Bak et surtout SPL de Wilson Yip, les nouveaux tauliers de la prouesse martiales garantie 100% sans câbles ni CGI rapportés (on sort tout juste de la période post-Matrix du film d’action mainstream).

LE CHOC DES TITANS

 La résultat doit évidemment beaucoup à Michael Jai White et Scott Adkins, mais aussi son réalisateur Isaac Florentine. M. Loyal de la maison Nu Image, ici transcendé par son sujet et par sa muse Scott (qu’il avait découvert dans Special Forces et retrouvera cinq fois par la suite), Florentine impose des ambitions visuelles (il faut appeler un chat un chat) quasiment absente de ce genre de production. A travers une mise en scène dont la quête de mouvement imprime les capacités hors-normes de ses personnages à-même l’image, Florentine fait de la caméra le troisième belligérant de l’histoire. On n’est pas là pour regarder les personnages se battre mais pour monter sur le ring avec eux. Le réalisateur monumentalise ses deux bovins à l’aune de leur rivalité, chacune de leur confrontation prenant l’allure d’une collusion de montagnes antagonistes. Une certaine idée du concours de bites élevé au rang d’art à part entière en somme.

On l’a compris, le style est ainsi partie-prenante de l’action. Une démarche qui se retranscrit évidemment dans des scènes de combats, véritable attraction du film et rampe de lancement du petit culte dont son bad Guy et va rapidement bénéficier (le plus souvent cantonné à des mouvements de boxe anglaise, Jai White aura l’occasion de dévoiler toute sa panoplie de talents dans Blood and Bone). Les cadres qui épouse,t les mouvements des pugilistes, les points de montage qui guettent les soubresauts techniques des combattants, la courte-focale qui élargit l’aire de combat à coup de perspectives tranchées … Florentine instaure un cahier des charges immédiatement identifiable et indissociable de sa figure vedette. Tout comme une galerie de personnages secondaires charismatiques, qui rompent avec le schématisme associé au genre, et pour certains reviendront dans les épisodes suivants. On pense évidemment à  Gaga, mafieux joué par le génial Mark Ivanir, véritable crowd-pleaser à lui tout seul qui reviendra mettre sa dégaine débonnaire à contribution dans le numéro 3. Mais ça, c’est pour un prochain numéro. Quand Boyka devient le héros de sa propre histoire.

L'ouverture qui donne le ton

L’ouverture qui donne le ton: Menace II Society

Quiconque a vécu ne serait-ce que de loin l’épopée des années 90 en affiches de cinéma et en jaquettes de vidéoclub se souvient de l’odeur de souffre qui se dégageait instantanément de certains titres. Reservoir Dogs, True Romance, L’âme des guerriers, les films de John Woo… L’appel de l’expérience interdite résonnait dès le contact de la rétine avec la première de couverture. Ce n’était plus des films, mais des « films-chocs », du temps où cette expression avait encore un sens. Des barils de produits chimiques qui mettaient le spectateur en garde avant usage, avec la fameuse bannière « interdit aux moins de 16 ans » à la place de la tête de mort pour dissuader les âmes sensibles et exciter les aventuriers de la pellicule agressive. « Attention, Danger » : ça tombe bien c’est justement ce qu’on est venu chercher, et tant mieux si c’est contagieux. Le (vrai) cinéma n’est pas un art de distanciation sociale, mais du contact direct et frontal.

Comme tous les produits sulfureux de son époque, Menace II Society entretenait sa mystique dès son affichage. Rien de spectaculaire à priori, il suffit de s’y attarder pour mesurer la nature de la promesse engagée. Le grain, la mise au point incertaine, l’avant-plan peu occupé … Autant d’éléments qui jettent le flou sur les motivations des personnages mal identifiés, voir anonymes. Ils sont là, mais on ne sait pas trop pourquoi. Le titre et sa police jaune criarde, mal dessinée donc d’autant plus visible, écrase leur visibilité et nous aiguille sur leurs intentions : des menaces. Straight Outta South Central, on comprend qu’ils ne sont pas là pour faire des amabilités. Appuyer pour lecture, c’est leur ouvrir la porte d’entrée à travers l’écran de télévision. Vous êtes surs d’être prêt pour ça ? Évidemment que non. C’est justement pour ça qu’on y va.

Bref on le comprend, Menace II Society avait un pacte à honorer. Pas question de faire dans la demi-mesure : à l’instar des bandes de son acabit, le premier film des frères Hugues est lié par une promesse de sang au public qui l’attend au tournant. La contre-culture ne se dandinait pas sur le fil Facebook de Konbini en ce temps-là : parole donnée valait engagement de ses instigateurs et s’éprouvait dans la rencontre avec le spectateur. Il fallait que ça tape pour être validé.Or, les frères Hugues ne sont pas hommes à se débiner, et mettent leur menace à exécution dès les premières secondes.

Dés la première scène, les Hugues donnent le ton. Deux noirs entrent dans une épicerie pour acheter de la bière. Rien de plus normal, si ce n’est que les gérants se mettent sur leur garde dès qu’ils franchissent la porte. Sans raisons apparentes, si ce n’est qu’eux-aussi connaissent l’affiche: la menace vient de s’inviter chez eux, et ils ne peuvent pas appuyer sur stop pour arrêter le film. La femme les suit dans les rayons, l’homme les surveillent d’un oeil inquiets. Les Hugues tendent la corde au maximum: les angles de caméra instaurent un climat de tension que des panoramiques ultra brusques font monter en pression. Les choses s’emballent, le noeud se resserre autour de la gorge des personnages, on passe tout près de l’affrontement. Mais juste quand on pensait en être sorti, les Hugues profitent que nous regardions ailleurs pour nous claquer l’élastique au visage

En un instant et un mot plus haut que l’autre, la normalité vole en éclat et nous fait rentrer dans une spirale de violence d’où ne sortiront plus les personnages, qui viennent de sceller leur sort. On est prévenu, il faudra conserver une garde haute pour ne pas se faire faucher. Un rien suffit à suffit à transformer une virée à l’épicerie du coin en double-homicide. Ça se passe comme ça dans le quartier, comme le dit le narrateur et personnage du film. Welcome to the hood.

Même s’il s’insère dans la brèche des « films de ghettos » ouverte par le Boyz in the Hood, Menace II Society est un film qui prend le genre en embuscade. Là où le film de John Singleton chevillait la force de son constat à sa dimension naturaliste, les Hugues n’entendent pas s’effacer par responsabilité. Les Hugues osent l’hyperbole expressionniste pour imprimer la descente aux enfers de leur personnage sur le contexte dans lequel il évolue (ce qui leur a parfois été reproché), et nous chevillent à son point de vue pour préserver notre regard du jugement qui s’exerce sur lui au sein du récit. A l’instar d’un Martin Scorsese, (le film cite d’ailleurs le réalisateur des Affranchis à plusieurs reprises), auquel ils reprennent l’idée du narrateur qui prend le spectateur par la main du spectateur pour mieux le suspendre au-dessus du vide. La visite guidée et commentée dans South Central se retrouve ainsi ponctuée par des explosions de violence subites, subies ou administrées par les personnages. On a beau être aux aguets, la surprise nous cueille systématiquement au menton. Comme si nos sens étaient tétanisés par l’instant, à l’instar de ces plans en steady-cam qui balayent l’espace dans toute sa largeur pour traduire la panique des personnages, qui pas plus que nous ne savent où fixer leur regard. Nous pensons être bien assis, nous sommes en état de précarité permanente.

Autrement dit, Menace II Society qui doit choquer, car le choc est sa raison d’être. Mieux que personne, les Hugues ont compris les années 90 et son spectacle de la violence déréalisée et accessible à tous (voir la K7 de la tuerie que le personnage d’O-Dog se repasse en boucle avec ses potes, comme s’il regardait un souvenir de vacances. On appelle ça une prémonition). La même qui fonde leur argument de vente et à laquelle ils opposent les conséquences au spectateur, anesthésié par son exposition prolongée à la brutalité de son époque. Vous êtes prévenus: Menace II Society n’est pas un ride, mais une ballade en drive-by-shooting. Il faut payer le prix pour se faire secouer les sens. C’est ce qui s’appelle donner le ton.

Billet

CINEMA VS PARC A THEMES : POURQUOI MARTIN SCORSESE FAIT MAL A MARVEL

L’escarmouche n’a épargné personne. D’ailleurs, à moins de vivre au fin fond de la Papouasie pour connaître un éveil spirituel coupé de toute connexion Wi-Fi (quoique, il parait que même les oiseaux migrateurs en ont parlé entre-eux), impossible d’échapper à la guerre qui s’est déclarée à la faveur des propos d’un monsieur de 76 ans. Mais c’est qu’à l’écran comme en dehors, Martin « Fuck you » Scorsese met toujours le feu avec la fougue de ses 30 ans. Surtout quand il décide qu’il n’y a plus de raisons de préserver le statu quo pour une industrie qui voudrait le ranger sur l’étagère à fossiles (voir le Première du mois d’octobre). Ainsi, voilà quelques semaines, le réalisateur des Affranchis sortait le véhicule-bélier pour défoncer la complaisance béate généralisée sur laquelle se hissait l’étoile noire pour imposer son modèle de fonctionnement. Vous l’aurez compris, il s’agit des films Marvel, pour lequel Marty a eu des mots pour le moins définitifs: ce n’est pas du cinéma, mais des parcs à thèmes.

Evidemment, il n’en fallait pas tant pour déclencher une levée de boucliers du club des « je t’aime + 3000 », prêts à alimenter Twitter en thread et autres pamphlets en 280 signes sur ces « vieux qui ne connaissent rien aux films d’aujourd’hui ». La suite, vous la connaissez : Scorsese remet le couvert une semaine plus tard et Francis Ford Coppola s’invite à la table des hostilités (Jennifer Anniston aussi, mais on s’en fout un peu soyons honnêtes). En face, la défense s’organise, de façon plus ou moins convaincante. Car si Marvel fait mine de ne pas trembler sur les assisses de son hégémonie financière et sa (large) communauté de fans prête à sacrifier tout sens commun pour défendre leur chapelle (à ce stade-là, le concept de post-vérité a largement refermé la porte derrière-nous), on sent bien qu’on n’est pas à l’aise là-bas à l’idée de se faire reprendre par le patron. Un peu comme Ray Liotta dans Les affranchis, quand il doit affronter le regard déçu de Paulie, qui constate le loser pathétique que son protégé est devenu après avoir contrevenu à ses ordres.

Le Loup de Hollywood

C’est une évidence que personne ne niera, Martin Scorsese n’est pas n’importe qui. Mais pas à la façon de ces vétérans des rings que l’on respecte pour leur accomplissements, mais comme ces athlètes dans le game depuis toujours et qui enchainent encore les KO foudroyants. Martin Scorsese a eu la Palme d’Or en 1976 pour Taxi Driver, et l’Oscar 30 ans plus tard plus tard pour Les infiltrés. Martin Scorsese a influencé tout les réalisateurs vivants à Hollywood (y compris ceux du MCU), et vous aurez du mal à en trouver qui ne pas citera pas au moins une scène tirée de l’un de ses films dans son Panthéon personnel. Martin Scorsese a traversé quatre décennies de cinéma, est a trouvé le moyen d’être jeune à chaque fois. Martin Scorsese est comme le déhanché de Mick Jagger, toujours prompt à provoquer les hormones des jouvencelles; mais sans subir le « c’était mieux avant » des critiques qui figent son travail dans un âge d’or révolu.

Scorsese est cool, parce qu’il est respecté, et il est respecté parce qu’il est cool. Scorsese fait des films à la fois acclamés et étudiés, mais que l’on peux s’éclater à regarder dans des soirées pizza-bières. Scorsese est, avec Steven Spielberg le seul réalisateur des 70’s à pouvoir s’affirmer à intervalles réguliers comme un top contender pour la ceinture du meilleur réalisateur en activité. Mais avec cet esprit ouvertement transgressif qui n’appartient qu’à lui, malpoli et désihinibé comme une tournée des bars qui continue au petit matin et cinglant comme la gueule de bois de l’après-midi. Ultimate legit, depuis 1976. Le BMF (baddest mother fucker), c’est lui.

Or, tout le problème qui se pose à Marvel est là: Martin Scorsese est jeune. S’il s’agissait de l’une de ces éminences qui survivait en se raccrochant à un héritage colossal mais lointain (comme Coppola), au fond soit. Ça aurait pu glisser. Mais à la différence de la plupart de ses confrères des 70’s, Scorsese n’a jamais lâché prise avec l’air du temps. A plus de sept décennies au compteur, il est encore capable de traumatiser la « pop culture » avec Le Loup de Wall Street et de faire l’événement pour la fin de l’année sur la plate-forme emblématique des nouveaux modes d’expériences du cinéma (The Irishman sur Netflix). Il continue de réconcilier à la fois les chantres d’une cinéphilie exigeante avec les troubadours d’une culture populaire dont il a plusieurs fois refaçonné le visage. Et on ne compte pas son histoire d’amour avec Leonardo DiCaprio, toujours l’acteur préféré des djeuns branchés, qu’il emmène régulièrement taquiner la barre (moins symbolique qu’avant, mais quand même) des 100 millions de dollars.

Le (non)-cinéma de demain

 Autrement dit, il fait à la fois autorité sur la génération Y qui ne s’est jamais remis du « You’re talking to me » de Travis Bickle et du « How am I funny » de Nicky Santoro. Mais il a également l’oreille de ceux qui se repassent le « boom boom » de Matthew McConaughey et citent les éléments de langage du dossier de presse pour parler de Joker (« on dirait Taxi Driver #deniro #tropdeviolencepourmesyeux « ). Bref, Martin Scorsese est une institution, mais une institution vivante, à laquelle il est risqué de s’attaquer. Parce que traiter de vieux con bon pour l’EPHAD le mec qui a conçu la séquence des Quaaludes du Loup de Wall Street, faut quand même avoir confiance dan sa street-credibility.

Bob Iger et son état-major ont beau essayer de noyer le poisson, mettre ça sur le compte d’un conflit de génération, ou minimiser la polémique, la sortie tombe très mal pour l’Empire, en pleine opération de communication et de lobbying agressif pour conquérir (euphémisme pour acheter) le dernier bastion qui leur reste à conquérir, celui de la légitimité artistique et institutionnelle. Car Mickey a beau essayer de prendre le film de super-héros à parti, le réalisateur de Casino ne parle pas des Spiderman de Sam Raimi. Ni du Superman de Richard Donner, des Batman de Tim Burton ou du Logan de James Mangold. Ce sont les films Marvel qui ne savent pas faire du cinéma avec le genre super-héroïque pour le cinéaste. De quoi mettre un coup dans la tronche à la légitimité du monopole revendiqué de Kevin Feige et ses potes, ainsi que leur ambition affichée de crever le plafond de verre qui les sépare du « vrai »  cinéma dans l’inconscient collectif et culture. Pour l’instant, sans effets.

Les oscars et Marvel, allégorie

En effet, malgré les moyens déployés pour nous convaincre que Black Panther constituait une conquête culturelle majeure pour les Afros-américains (je remets ça là, parce que ça mérite qu’on en profite deux fois) et que les derniers Avengers faisaient offices d’un Autant en emporte le vent du XXIème siècle, personne ne prends pour l’instant la maison aux idées trop au sérieux. Bien sur, personne ne le dis trop haut non plus (du moins ceux qui ont quelque chose à perdre), car il vaut mieux éviter de se fâcher avec ceux qui peuvent aligner 70 milliards de dollars pour racheter le catalogue d’une major. Mais pour le moment, force est de constater que la décote du phénomène culturel sur la monnaie de la reconnaissance artistique s’avère bien trop sévère pour imaginer Feige and Co se pavaner sur la photo de famille des pionniers de la Mecque du cinéma dans un avenir proche.

Une fois n’est pas coutume, Warner et DC semblent avoir choisi un positionnement stratégiquement plus judicieux avec un film vendu justement comme un « anti-film » de super-héros (comprendre: anti Marvel), un vrai truc sérieux et dark qui parle de la société et tout ça. A défaut d’être d’un bon film, il faut reconnaitre à Joker le mérite d’avoir compris qu’il suffisait de ressembler à du cinéma pour induire en erreur une époque qui raisonne en termes d’images d’Epinal. Et en l’occurrence, il s’agit de celles qui représentent Martin Scorsese. L’homonyme de cinéma « noble » pour les tenants du phénomène de l’année, c’est lui. Qui cette année fait du cinéma mais sur Netflix, avec The Irishman.

Un pavé dans la mare

C’est bien pour ça que les propos de Scorsese sont importants. On se fiche au fond, de savoir si le réalisateur a totalement raison, si tous les films Marvel méritent ou non de se retrouver dans le même sac (ce n’est pas le cas). L’essentiel réside dans la satisfaction de constater que l’invincible assurance de la firme qui bouffait tout sur sa route vient enfin de tomber sur une contrée qu’il ne peut pas avaler impunément.

A l’heure où la transformation d’Hollywood en conglomérats fait peser sur les blockbusters des enjeux dont le poids inhibe toujours plus la prise de risque artistique, plus rien ne semble en mesure d’intraver une entreprise de domination dont le modèle fait florès depuis des années. Et face au mastodonte, l’idée même de cinéma semble toujours plus fragilisée alors que les forces créatives ont largement émigré de la fabrication des films à leur communication. L’expérience salles n’est plus guère que le produit dérivé des campagnes marketing pour le blockbuster moyen (avec Hobbs and Shaw et Godzilla II, on a encore eu de quoi pleurer) . A ce déficit de savoir-faire s’ajoute une notion d’excellence en passe de dévoiement de la part des institutions censées la protéger. Il suffit de regarder les palmarès et les nominations des dernières cérémonies des oscars pour réaliser à quel point l’opportunisme politique, le relativisme à tout-crin et les petits calculs en coulisses laissent à l’académie à peine de quoi défendre son alibi . Bref, ce n’est pas la première fois que le cinéma est en danger. Mais il a rarement semblé aussi peu prompts à défendre ses bijoux de famille.

Laissez passer bande de cons avec vos films de merde

Dans ces conditions, ce n’était (n’est) qu’une question de temps avant que Marvel ne se voit effectivement consacrée par des institutions dévoyées, mais qui assurent toujours la vitrine.Les grincheux pouvaient râler, mais soyons francs votre voix et la mienne ne pèsent rien face à la surpuissance d’une multinationale et ses hordes de followers susceptibles. Devant le silence attentiste de l’industrie, il fallait bien que quelqu’un mette les pieds dans le plat. A 76 ans, plus rien à foutre, pas grand-chose à perdre et conscient du poids que pèse son image dans le milieu, Martin Scorsese assène un coup de semonce bien vertical à un monstre encore vulnérable à ses attaques. Le réalisateur vient de faire ce que l’on pensait impossible : mettre un caillou dans la chaussure de Marvel, et relancer un débat indispensable sur ce qu’est le cinéma.

Alors oui, tout ça ne date pas d’hier, et peut-être s’agit au fond d’un débat d’arrière-garde. Peut-être qu’il s’agit d’une question de temps pour s’apercevoir qu’il s’agit d’un combat perdu d’avance lorsque la génération « formée » aux Marvel comme le dit le réalisateur aura pris le pouvoir. Et c’est peut-être fondamentalement franco-français d’insister pour que les géants aient la marche boiteuse en empruntant certains sentiers pour l’empêcher de piétiner tout ce qui se présente devant lui. Et à cet égard, plutôt que de s’occuper tranquillement de son jardin et enrichir une oeuvre déjà immense, Martin Scorsese se lance dans une bataille d’Isengard pour son médium. Un bad mother fucker qu’on vous dit.

actu

ONCE UPON A TIME IN HOLLYWOOD: LA DELOREAN DE TARANTINO

Ca fait longtemps qu’on a compris qu’il était vain d’essayer anticiper la démarche créatrice de Quentin Tarantino. Auteur souverain qui a toujours joué au chat et à la souris avec ses exégètes, QT est une marque sans repères qui a passé son temps à fuir le spectre du film précédent. Un exercice rapidement devenu une question de survie pour le cinéaste après Pulp Fiction, œuvre qui imprima un contrat de prestation avec le Zeitgeist que son auteur a toujours refusé de signer.  Ça aurait pu être un caprice de divas, c’est devenu le mantra de l’un influenceurs en chef du cinéma contemporain. Tarantino n’est le vassal de personne: ni des codes qu’il emprunte au cinéma populaire pour faire du lui-même, ni des désiratas du public.

Licence poétique

De fait, on s’était laissé aller à penser que Once Upon… allait faire office de sinécure par rapport à Les 8 Salopards, qui explosait tout ce qui pouvait se rapporter à une convention . Mais évidemment, on se mettait évidemment le doigt dans l’œil. 

Aux premiers abords , Once Upon… s’impose pourtant comme un film plus immédiatement lisible que le précédent. Notamment à l’aune du mode d’emploi tarantinesque que sa filmographie récente fournit à propos de son auteur (c’est qu’on a beau vouloir voler en toutes autonomie, on est forcément rattrapé par la cohérence de son oeuvre). Notamment de la liberté qu’il s’arroge pour affirmer son droit de propriété fictionnelle sur ce qui passe devant sa caméra, y compris si cela implique de signifier son refus de plier le genou devant les images d’Epinal les plus susceptibles. On pense bien sur à la séquence Bruce Lee, crime de lèse-majesté contre l’idôtatrie geek davantage que contre un personnage dont il ne prétends pas dresser un portrait exhaustif. A une époque qui définit la déférence au passé comme la vocation du présent, Tarantino laisse le devoir de mémoire à ceux qui se sentent concernés. Les mêmes qui s’appliquent à flouer la frontière entre fiction et réel qu’ils se targuent de tracer dans un carton d’introduction pour ensuite faire du chantage à l’émotion au spectateur.

C’est précisément sur cette problématique que Once Upon... va affirmer sa singularité dans la cosmogonie tarantinienne, ainsi qu’une volonté consommée de ne pas faciliter la tâche au spectateur. C’est qu’à l’instar de son précédent film, Tarantino nous teste dès les premières images en étendant toutes ses scènes au-delà du seuil d’efficacité définit. Le film tisse ainsi un fil narratif volontairement lâche (dans un premier temps du moins) pour privilégier la déambulation dans ce quotidien mythifié par l’inconscient collectif. Et autant dire que les tranches de vies ne défilent pas en portion congrue, le cinéaste étalant son dispositif comme il s’étire sur la longueur des artères autoroutières de Los Angeles, supports d’un espace-temps qui se dilate. Si les 8 Salopards était une expérience de l’espace, Once Upon… est une expérience du temps qui s’éprouve dans l’espace. Regarder Brad Pitt chevaucher ce tarmac qui n’en finit pas au volant de sa bagnole, ce n’est pas seulement le pur plaisir de cinéma justifié par QT en interview. C’est éprouver physiquement l’étendue horizontale d’une ville qui s’étend en tâche d’huile d’un territoire antagoniste à un autre. C’est expérimenter la dilution d’un récit cinématographique qui s’émancipe du devoir de linéarité pour faire entrer l’Histoire avec un grand H dans son dispositif. 

On a souvent parlé de tension entre l’histoire et la fiction, mais c’est le terme de détente qui s’impose pour qualifier la démarche du cinéaste. Il n’impose pas de ligne de démarcation entre le 7èmeArt et la fiction, au sens où le premier n’est pas une représentation de la seconde mais son uchronie. Une dimension parallèle où les virtualités se réalisent et s’arrogent le droit d’altérer l’histoire. De fait si le réalisateur paye une nouvelle fois son tribu à Sergio Leone, c’est chez Robert Zemeckis qu’il faut chercher la parenté la plus évidente avec Once Upon…  

Les mondes parallèles de Tarantino

Pas seulement parce que Tarantino, comme le réalisateur de Forrest Gump modifie des images d’archives pour intervenir directement sur le cours des choses (ou fantasmer sur ce qui aurait pu être et n’a jamais été, comme lorsque Rick Dalton se rêve à la place de Steve McQueen dans La Grande évasion). Mais parce que les deux réalisateurs partagent tous deux cette volonté de jeter aux orties les conventions narratives s’opposant à ce qu’ils estiment être la vocation du médium. A savoir incarner un vortex vers une réalité alternative qui n’est pas une fiction, mais une autre dimension qui existe VRAIMENT au moment où vous la regardez à travers l’écran. Il n’y a pas de fiction où de réalité chez Zemeckis et Tarantino, il n’y a que des dimensions parallèles qui s’écoulent les unes à côté des autres, et parfois se touchent. La différence réside dans la méthode avec laquelle les deux réalisateurs travaillent à ouvrir ce portail. Chez Zemeckis, la vitesse et la transgression des lois de la physique découvrent ces espace qui n’existent pas, quand Tarantino préconise le ralentissement et l’allongement pour les explorer.

Once Upon a time… divise ses personnages en deux catégories : ceux qui ont conscience de passer à côté de la grande Histoire, et ceux qui surfent dessus avec l’insouciance des icônes. C’est toute la portée du rôle de Margot Robbie, qui s’enjaille sur sa position dans un Hollywood mythique avec l’insouciance magnifique et inaccessible des dieux sur leur Olympe (on pense parfois au Everybody wants some de Richard Linklater). Cette même Margot Robbie qui ne peut résister à la tentation d’aller voir son propre film dans une salle de cinéma et profiter de la réaction des badauds. Superbe moment qui catalyse le propos du film : la Sharon Tate de fiction observe la vraie Sharon Tate en train de jouer dans une fiction. Pourtant ce n’est pas le même visage, mais Tarantino ne le cache pas. Il ne retouche ni les affiches originales qui ornent la devanture du cinéma, ni le film qui défile dans la salle pour mettre celui de Robbie à la place de Tate. Le réalisateur ne réécrit pas l’histoire : il fait coexister dans un même espace scénique. La fiction et le réel se croisent générer une nouvelle ligne temporelle. Once upon… n’est pas l’évocation d’une époque révolue, mais un phénomène physique.

Ce parti-pris n’est pas seulement effectif d’un point de vue théorique, mais constitue le vecteur d’empathie du spectateur envers les protagonistes. Paradigme tarantinien : les problématiques abordées ne surplombent jamais les personnages dont elles servent la représentation. Ici, l’angoisse du temps qui passe, permanent de sa filmographie, trouve écho dans l’expérience même du spectateur et son ressenti de cette durée qui s’étire et devient son point d’accroche avec ces échantillons de « beautiful people » que les représentations ont pris l’habitude d’isoler du commun des mortels (« ces artistes qui vivent dans leur monde »).

Moment d’histoire

 Hollywood, c’est avant tout des gens au travail pour Tarantino, qui a bien de trop de respect pour son milieu professionnel pour ne pas le sacraliser. En d’autres mains, le personnage de Leonardo DiCaprio serait devenu une pleureuse émotive qui s’apitoie sur son sort pour ne pas être devenu Steve McQueen. Mais dans Once Upon…  , ses émois sont ainsi directement réverbérés dans le dispositif spatio-temporel éprouvé par le spectateur. Un parti-pris qui prend tout son sens durant le tournage du « film dans le film » dans lequel joue Rick Dalton. Un véritable tour de force où le réalisateur filme à la fois la fiction DANS le film (c’est-à-dire le western que le personnage de DiCaprio est en train de tourner) et la fiction DU film, c’est-à-dire la pression que s’inflige Dalton pour se montrer à la hauteur en termes d’acting. A l’image du passage de Margot Robbie au cinéma, la fiction et le réel se rejoignent explicitement pour ne former qu’un bloc commun qui fusionne les enjeux.  

Mais c’est aussi aussi l’une des rares exemples où le jeu d’acteur devient comparable au développement d’un effort athlétique. A l’instar de Zemeckis (qui lui aussi n’a jamais cessé de jouer avec la frontière de la fiction pour mettre en avant la performance) dans l’ouverture de Qui veut la peau de Roger Rabbitt , Tarantino filme l’acting comme un enjeu physique, qui éprouve la physionomie du personnage et transcende ses peurs et ses limites. Littéralement chez Zemeckis, de façon sous-jacente chez Tarantino, qui joue encore une fois sur la durée et l’étirement de la temporalité pour imprimer la prouesse du personnage d’un DiCaprio stellaire. Le temps devient alors un personnage à part entière qui cheville notre expérience aux affects des personnages. Un moment peut être anecdotique ou inexistant dans la chronologie hollywoodienne « officielle », mais assurément réel et majeur pour le spectateur conscient que dans cette réalité alternative avec laquelle il a coexisté pendant quelques heures, il vient d’assister à un authentique moment d’histoire. Avec un grand H. 

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HOBBS AND SHAW: I WANT TO GET FREE (part.2)

CE QUE JE VEUX:

– Un concours de teubs entre deux taureaux d’élevage qui s’envoient des punchlines de kéké à la gueule toutes les 2 minutes, façon screwball Comedy qui aurait repris du steak de cheval au dessert. 

– Un bad guy tellement classe que même la classe change d’orthographe quand il débarque. Qui plus est susceptible de vraiment mettre la pression sur les deux héros, et pas juste servir de prétexte à leur bromance (en plus avec Idriss Elba, déconnez pas les mecs). 

– Un goût pour la démesure qui ne trahit jamais un manque de respect vis-à-vis du spectateur, un souci du travail bien-fait dans le n’importe quoi, un équilibre entre le WTF et l’action physique. Bref, un sens du portnawak organique, qui découle des personnages et ne semble pas avoir été organisé par la seconde équipe dans un coin. Ce qui me conduit à :

– Un David Leitch présent pour faire le yes-man sur un film de producteurs (on espère) intelligents, qui exécute son cahier des charges avec ce qu’il faut de zèle visuel pour faire croire qu’il était là pour amener « sa vision ». Et évidemment, son savoir-faire réel en scènes de tapes mano-à-mano, la vraie raison de sa présence derrière la caméra. 

– Des seconds rôles qui ne servent pas de faire-valoir, des SFX un minimum finis, un rythme soutenu… 

Bref, je veux avoir envie de faire des tractions, boire une bière et acheter du quinoa pour le simple plaisir de le jeter à la poubelle (et tout ça en même temps). Je veux pouvoir dire que c’était mieux avant en prenant l’exemple d’un film d’aujourd’hui. Je veux un Tango et Cash 2 pour faire le double-programme ultime des soirées qui se terminent un concours de bras de fers et des tests de résistance au collier électrique (non, c’est pas ce que vous croyez). Je veux pouvoir régresser dans la joie et la bonne humeur et l’allegresse.

« C’est toi John Wayne, où c’est moi John Wayne ?! »

CE QUE JE NE VEUX PAS:

– Un autre Blockbuster qui se révèle être le produit d’appel d’une campagne marketing qui se distingue par sa capacité à comprendre des attentes que le produit finit s’avère incapable de satisfaire. Un truc qui se foire sur ses promesses et essaie de se rattraper sur des prétentions mal placées où des marges dont on a rien à foutre (sous-intrigues de soap, discours écolo qui visent les followers de Greta Thunberg, postures esthétiques péteuses). Ce qui est une option que l’on ne malheureusement pas écarter avec David Leitch, qui s’est fait une spécialité de pêter au dessus du service de table sans proposer autre chose que du surgelé.

– Un truc qui par impératif commercial choisit de satisfaire le public de Fast and Furious plutôt que d’opérer la césure promise en amont. A savoir un truc mal foutu et pas fini, con par manque de préparation plutôt que par vocation (bref, par nécessité plutôt que par choix), qui finit par se prendre au sérieux pour se donner une contenance sur les ruines de ses belles promesses. 

– L’infection vénérienne du blockbuster contemporain, dont la saga FF s’est imposé comme l’agent zéro: ce foutu discours « le plus important, c’est la famille ». Cette saloperie infectieuse que l’on retrouve dans chaque blockbuster ricain qui prône des valeurs « positives » pour sécuriser son investissement. Ce produit dérivé de la culture d’entreprise qui flatte le spectateur sur son appartenance suggérée au clan dépeint pour mieux lui faire oublier qu’il le prends pour un con. Cet appel au repli communautaire devenue la norme politiquement correct du PG-13. 
Niquez vos mères la famille. Arrêtez de soumettre ce qui devrait être des archétypes d’affirmation individuelle à une logique tribale de millenial fondamentalement contraire à leur essence. Même si je me doute bien que le détour samoan de Dwayne Johnson constituent un prétexte pour l’acteur pour entretenir sa marque de fabrique family-friendly sur Instagram, et qu’on risque pas de totalement y échapper. Mais en faites pas trop. SVP. 

– Un machin qui n’existe que pour annoncer la suite du spin-off du reboot de l’univers commun, qui reporte le bouclage de ses intrigues aux calendes grecques, sabote ses enjeux dramatiques pour ne surtout pas y apporter de conclusions trop définitives, et ne semble là que pour sa scène post-générique. Bref, le morceau d’un univers étendu qui n’essaie jamais de faire croire qu’il s’agit d’un film… à l’image de personnages qui n’existent qu’au travers du groupe finalement (qu’on se le dise: la franchise moderne et le concept d’univers étendu incarne l’excroissance médiumnique de l’asservissement communautaire prôné par la politique familiale du blockbuster 2.0). 

Bref, je ne veux pas d’un machin dans l’air du temps qui singe les postures bad ass des 80’s comme des éléments de communication désincarnés dans le produit fini. Un truc qui te promet monts et merveilles pour t’annoncer à l’arrivée que le commencement manuel est également la finition. 

Bref, s’il te plait Père Noël. Fais pas ta pute stp.