Boyka: Last Action Hero, Uncategorized

YURI BOYKA: LAST ACTION HERO PART.3

BOYKA, UNDISPUTED : LE RETOUR DU ROI

Undisputed aurait pu s’arrêter au troisième épisode. En termes de personal achievement, Yuri Boyka n’avait plus rien à prouver, ni à lui ni à personne. C’était acte: Undisputed III entérinait une bonne fois pour toutes le règne du personnage sur le domaine des botteurs de culs. Certes, on n’ira pas jusqu’à inclure Donnie Yen et ses Ip Man parmi ses vassaux, mais le fait est là: Boyka est devenu une icône. Piratage oblige, sa légende ne peut-être tributaire des chiffres de ventes, et s’est répandue sur les lèvres de tous ceux qui ont assisté à son sacre en s’échangeant des liens de streaming. De quoi passer un peu plus sous le radar de la reconnaissance mainstream, mais c’est dans ces marges invisibles pour les comptables de la culture pop que survit une alternative à ses injonctions et normes. La politique du chiffre ignore l’existence des royaumes qui prospèrent à son insu: le territoire de Boyka est souterrain, sa couronne est celle de l’ombre. A l’écran comme à la ville, il est le meilleur. Les initiés le savent, mais le monde extérieur l’ignore encore. Il est temps de lui faire savoir.

THE WORLD IS YOURS

C’est en 2016 que Boyka: Undisputed remet son titre en jeu dans un secteur qui a vu son niveau de compétition augmenter substantiellement depuis son dernier combat. On aurait pu penser que le remplacement d’Isaac Florentine derrière la caméra était susceptible altérer le mindset du personnage, qui perdait son coach de la première heure avant de faire son entrée dans le grand monde. Mais dès les premières minutes, l’inconnu Todor Chapkanof met les choses au clair et s’emploie à respecter le cahier des charges de son prédécesseur sans donner l’impression de réciter un mode d’emploi. D’autant que la facture générale traduit une augmentation substantielle des moyens alloués depuis le précédent, offrant ainsi toutes latitudes au nouvel arrivant d’émuler le patron sans devoir tricher sur les outils employés. Nouveau homme fort de la série B pour Bourre-pifs, Scott Adkins rempile quand à lui dans son rôle fétiche avec la détermination et l’expérience de celui qui sait ce qu’il doit au personnage. Contrairement à Undisputed III et dans la mesure du raisonnable, Boyka: Undisputed est un film qui croit en son destin.

Je vais te cogner avec amour

Cette assurance frappe des les premières minutes. Chapkanof reprend le libellé de la franchise, mais les choses ne sont plus tout à fait les mêmes. Certes, le héros combat désormais en homme libre, mais le plus intéressant réside dans la façon dont le film va prendre acte de son nouveau statut. YB est en effet une icône à part entière, une star qui porte une franchise renommée à son état civil. Boyka: Undisputed: un vrai héros de pulp dans le titre et adopté comme tel par le grand-public, débarrassé des démons qui entravaient son chemin vers sa reconnaissance de « Most complète Fighter in the world« . Signe qui ne trompe pas : la chanson « Bring it On » de Nathaniel Erba, hymne de la franchise depuis le second opus (et ajout indispensable de toute playlist de salle de sport qui se respecte) est utilisée par le personnage (de façon extra-diégétique) pour annoncer son entrée en scène au public qui scande son nom dans les gradins et au spectateur qui fait la même chose sur son canapé. Boyka ne voit plus de contradictions à jouer l’entertainer et à donner au peuple ce qu’il attend, comme un athlète qui ajoute le marketing à sa palette de compétences. Pour convaincre au-delà de sa fan-base, il faut savoir se vendre.

BOYKA FROM THE BLOCK

Qu’on ne s’y trompe pas : l’homme n’a pas troqué son mode de vie ascétique contre la tentation épicurienne des nouveaux riches pour autant. Il vit dans une chambre de 5m2, reverse la quasi-intégralité de ses revenus à l’église orthodoxe du coin pour se dédouaner de vivre par l’épée, et s’arrange pour n’avoir qu’à se préoccuper de sa prochaine échéance dans le ring. Une machine toujours programmée pour la gagne, mais à (grand) coup de violence purement professionnelle. Just business, plus rien de personnel dans le déroulé … Du moins jusqu’à ce qu’il envoie à la morgue un adversaire qui a eu le malheur de persévérer dans la défaite. Chassez le naturel, il revient au galop. Sa culpabilité de grenouille de bénitier le pousse à filer incognito en Russie et aider la veuve dans le besoin de sa victime, alors même qu’un tournoi important pourrait le propulser en 1ère division. Un homme doit avoir un code, mais celui du bad mother fucker est parfaitement imperméable aux circonstances.

Malgré l’appel des fans, le danger qui guettait ce Boyka: Undisputed résidait justement dans son incapacité à justifier sa raison d’être uniquement sur le terrain du crowd-pleaser qui affole l’applaudimètre à chaque knock-out aérien du personnage (ce qui, pour tout bourrin qui se respecte constituait déjà une excellente raison de le faire). Surtout après la Passion de Boyka sur le mont Dolor du précédent, climax paroxystique qui concluait l’Odyssée christique du personnage, qui est aussi celle du cinéma de baston en général. La fin de l’Histoire en lettre majuscule condamne tout ce qui suit à rester dans l’épilogue.

CHERCHER LA FEMME

Mais une fois encore, la franchise va confirmer la place à part qu’elle occupe dans l’univers du DTV en refusant de réduire le personnage à une bête de cirque pour sa rencontre avec le nouveau monde. Il s’agissait ici de trouver des motifs forts à son retour sur le petit-écran, où un motif en l’occurence: la veuve de son adversaire qu’il a passé de vie à trépas à la force de ses poings. Là encore, il ne faut pas se tromper et céder à la facilité en l’affublant d’un sous-intrigue amoureuse antinomique avec l’essence même du popof bougon.

The beauty and the motherfuckin’ beast

Sylvester Stallone l’avait bien compris dans John Rambo et The expendables : la femme n’est pas là pour humaniser le guerrier en le ramenant à la vie civile, mais pour lui opposer un négatif (ou positif plutôt). Une icône de grâce, prompt à motiver Boyka le Dieu de la guerre à se mettre en travers du mal qui la convoite, ici un mafieux sur les nerfs qui négocie la liberté de la demoiselle contre sa participation à une série de combats clandestins. L’identité de cet épisode réside ainsi dans la vocation qui s’impose à lui: remettre momentanément de l’ordre dans un monde désordonné. Un justicier en quelque sorte, qui agit sous l’égide d’un code qui lui est propre. Boyka change mais reste lui-même, notamment à l’aune du sens de l’hyperbole d’une réalisation qui va une nouvelle fois greffer le faisceau de représentations pieuses du personnage à l’intrigue. On appelle ça adopter un point de vue. Ainsi, la douce Alma imprime instantanément son aura de madone au spectateur, tandis que le repère du Bad Guy ivre de lui-même (et pas en reste avec son pif des enfers régulièrement chopé en grand-angle) prend des allures de taverne du vice et de la débauche.

Protéger la veuve devient alors une mission sacrée instantanément comprise par le spectateur, qui identifie alors un motif propre au héros et non pas un code de genre qui s’impose à lui. Boyka détermine son propre chemin vers la rédemption. Une idée qui s’imprime jusqu’à la conception des combats, aussi spectaculaires (si ce n’est plus) que les précédents mais dénués de la dimension personnelle qui leur était associée. De fait, Boyka ne se bat pour plus lui mais pour quelqu’un d’autre, et ne monte plus sur le ring pour gagner mais pour tenir son engagement en temps et en heure. Se cogner, recommencer (avec un adversaire à chaque fois plus fort), souffler un coup et remonter le lendemain pour arracher la victoire avant la prochaine échéance. A l’instar de Ethan Hunt dans les Mission : Impossible, la quête de Boyka devient celle d’un Sisyphe condamnée à remet le couvert avec un rocher toujours plus lourd pour offrir le spectacle de ses performances. « I Want to be entertained ! » éructe le méchant: Boyka épuise ses limites physiques à faire le show, mais pour satisfaire l’agenda de quelqu’un d’autre. Ironiquement, alors qu’il atteint son apogée, l’horizon d’un futur en première division s’éloigne de plus en plus, comme un mirage qui s’éteint alors qu’il gravit le sommet de la montagne.

C’est là que ce quatrième épisode témoigne de sa volonté de faire primer l’intégrité du personnage sur ses ambitions de mainstream, et entérine la singularité heureuse de la franchise dans l’environnement du genre. Boyka: Undisputed n’est pas un film sur la conquête du monde par Boyka, mais sur la quête du pardon dans le châtiment autoinfligé. Le supplice du ring, c’est l’acte de contrition de Boyka, qui se dessine finalement un nouvelle montagne à soulever pour épancher sa culpabilité. Rien de plus de judéo-chrétien dans les os et dans les muscles qu’un héros de film d’action, surtout quand celui-ci prend l’hostie à l’église. Ainsi, après avoir commencer par s’en émanciper, le film retourne aux cellules souches du masochisme séculaire qui accompagne le genre dans lequel il s’inscrit. Jusqu’à renvoyer le personnage à son purgatoire de royaume: retour à la case prison, mais sans rancune pour le destin qui l’a voulu ainsi. Au fond, il est dans son élément.

Tomber, se relever et tout recommencer. Encore une fois, mais Boyka peut pousser son rocher le coeur léger, il est resté lui-même sans céder son éthique à ses aspirations. Grand, immense même il l’est devenu. A l’ombre du showbusiness, mais sous les yeux du spectateur. Un homme doit avoir un code.

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