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PopCorn Reborn Summer Festival, Uncategorized

POURQUOI REVOIR CASINO AU CINEMA

Vous connaissez le Popcorn Reborn Summer Festival ? C’est pas grave, il est encore temps de bien faire. Ça se passe à Arras, sympathique ville des Hauts-de-France dans laquelle réside l’association Popcorn Reborn (forcément). Inquiets et dépités par le décalage de sorties des blockbusters U.S prévus cet été, les cinq soldats de la culture pop qui composent l’asso ont décidé de réagir. A l’absence d’été américain, nous répondons en inventant notre propre été américain. 

Le Popcorn Reborn Summer Festival, c’est une programmation de huit films emblématiques de la saison estivale, à raison d’un par semaine étalés sur deux mois. C’est aussi une raison de rappeler à travers des œuvres que l’on connait pourquoi l’expérience salles constitue toujours une occasion de les redécouvrir. De l’Antiquité des Gladiateurs aux prédateurs en eaux profondes en passant par les extraterrestres perdus sur la terre ferme et on en oublie, le grand-écran a vibré au rythme de certains de ses mythes les plus emblématiques sur Arras. Pour conclure une saison de folie, nous nous déportons vers un autre décor de cinéma avec un grand C, aussi grandiose, écrasant, majestueux, violent, grandiloquent et vulgaire que le film qui le met à l’honneur. On va parler du Casino de Martin Scorsese, œuvre définitive sur un Las Vegas qui n’a jamais autant déployé ses trésors et ses vices que sous la caméra du réalisateur. 

Casino pourrait-être sous-titré « La conquête de l’ouest ». Le contexte s’y prête : un désert qui s’étend à perte de vue, et planté au milieu un gigantesque mine d’or qui scintille dans la nuit et attirent des desperados patibulaires qui rêvent de se l’approprier. Cinéaste cinéphile, Scorsese sait que le grand cinéma américain n’en terminera jamais avec le western. Ce n’est pas un genre, mais l’ADN d’un pays qui ne cesse de rejouer les rapports de force qui présidèrent à sa création. Costards fluos hors de prix, cheveux gominés et « fuck » à portée de bouches assemblent les uniformes des orpailleurs modernes. Bottes, santiags et Stetsons sont laissées aux propriétaires des lieux, qui voient d’un mauvais œil ces étrangers essayer de faire main basse sur le domaine que leurs ancêtres ont conquis de lutte âpre. Les immigrants d’hier sont les propriétaires de demain, mais les héros scorsesiens l’apprennent toujours à leurs dépens : ils ne sont pas chez eux, et ne le seront jamais tout à fait. 

Casino pourrait-être sous-titré « La soif de l’or ». Mythologique à plus d’un titre, la fable de Scorsese se déploie dans la mégalomanie de personnages dont l’égo absorbe les proportions de l’édifice monumental du Tangiers. Un décor de grandeur et surtout de perdition, temple païen dédiée au dieu Argent d’une civilisation qui prépare la nouvelle chute de l’empire romain. Scorsese aime les personnages emportés par leur hubris, mais il ne s’est peut-être jamais mis autant à leur diapason que cette fois-là. Casino n’a rien d’un film modeste : c’est un coefficient multiplicateur de tout. C’est Les affranchis multipliés par 100, un Scorsese au carré, du cinéma exponentiel. D’aucuns se perdraient dans leur quête d’immensité, mais le réalisateur de Kundun ne perd jamais de vue l’essentiel : le cinéma, c’est avant tout le rapport au public. Grisé par les lumières de Vegas et le système nerveux branché sur 10000 volts en permanence, le spectateur chausse les pompes des personnages pour vivre leur trajectoire. Quand ils grimpent en haut de la pyramide, nous chutons avec eux. Les expériences de cinéma les plus marquantes sont celles qui vous amènent tout en haut pour vous lâcher face contre terre ensuite.   

Casino pourrait-être aussi sous-titré « Love Story». L’histoire d’amour n’est qu’une chimère qui n’existe que dans la fiction des personnages, mais c’’est pourtant l’une des plus belles jamais contées. Scorsese n’est pas connu comme un grand romantique, mais dans Casino il conjugue ainsi l’immensité à l’intime et confronte la fiction dans lequel se drapent les narrateurs à la vérité nue et crue des rapports humains. Créature de cinéma s’il en est, Sharon Stone incarne l’étoile déchue qui va transformer un triangle amoureux en tragédie grecque. Être star et actrice à la fois n’est jamais un exercice évident, mais Stone n’a jamais brillé qu’en incarnant les deux à la fois ici. A la fois déesse du temple qui fait tourner toutes les têtes, et femme mal mariée ployant sous le poids du drame qui pèse sur ses épaules. Casino, c’est une performance d’actrice sublime pour l’une des crises conjugales les plus traumatisantes de l’histoire. 

Parce qu’au final Casino pourrait-être sous-titré « Cinéma », tout simplement. En majuscules et en toutes lettres, et sur un grand-écran de salles obscures pour déployer la taille de ses caractères.

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