Uncategorized

Scott Adkins: Natural Born Killer

Il y a ceux qui posent les questions avant, ceux qui posent les questions après. Scott Adkins lui n’a que peu d’intérêts pour les réponses: tout ce qu’il veut, c’est péter des tronches et repartir chez lui le coeur léger. Alors qu’il vient de s’offrir un double-programme de choix avec les sorties conjointes de Triple Threat et Avengment, retour sur la carrière d’un homme qui, depuis le rôle de Yuri Boyka (véritable ligne de code de sa filmographie), s’est imposé comme la locomotive borderline de la série B, à laquelle il rappelle sa vocation à bousculer les conventions mainstream.

Only the strong survive

Quiconque s’est intéressé au cinéma de grosses tatanes au début des années 2000 se souvient de la période de sécheresse qui a accompagné sa quasi-disparition des salles obscures (hormis Jason Statham pour maintenir une petite flamme fragile). La paupérisation du genre dans les usines d’Europe de l’Est et les bacs DVD de Carrefour en a fait un refuge pour ex-vedettes laissées sur le carreau par l’air du temps. Quand à ceux qui survivent dans les salles, ils doivent se plier à la mode du kung-fu câblé post-Matrix, siphonnant la physicalité nécessaire d’un univers qui troque l’impact de la confrontation pour le numéro de cirque monté de traviole

Un phénomène qui va générer deux réactions distinctes : l’émergence du close-combat filmé caméra à l’épaule pour le cinéma mainstream qui s’aligne désormais sur la ligne Jason Bourne. Pour le film de cogne pur et dur, le renouveau vient d’Asie, lorsque Ong Bak sèche la planète et que Donnie Yen revendique un trône laissé vacant à Hong-Kong avec SPL et Flashpoint.

C’est dans ce contexte où la production U.S n’a pas d’autres choix que de s’aligner sur les nouveaux canons asiatiques que Scott Adkins a débarqué. Cascadeur formé à Hong-Kong (il a bossé chez Jackie Chan et Tsui Hark) et artiste martial multi-facette, Adkins correspond parfaitement aux besoins d’une époque qui est à l’hybridation des styles et des formes (on est en pleine explosion du MMA, que Donnie Yen a parfaitement intégré à ses chorégraphies). Ajoutez-y un physique de poster boy et l’inénarrable appel du « Great White Hope », tout est réunis pour que Scott Adkins refasse le coup de Jean-Claude Van Damme (avec lequel il fut souvent comparé) en son temps. A savoir un acteur conjuguant physique bâti à l’occidentale avec des capacités martiales rivalisant avec les plus grandes stars orientales.  

J’ai une tronche à faire un shooting pour GQ ?!

Mais contrairement au Belge flamboyant, ce n’est pas en tant que héros qu’Adkins va planter son drapeau sur le territoire du genre, mais anti-héros. En bad guy pour être exact, à travers le rôle de Yuri Boyka, antagoniste de Undisputed 2 d’Isaac Florentine, son premier sensei derrière la caméra (sept films ensemble quand même). Dans cette suite low-cost d’un excellent et délicieusement anachronique film de Walter Hill, Adkins vole le show et la vedette à Michael Jai White, vieux routard (déjà) et « good guy » du film qui comptait surement sur le film pour accaparer les spotlights. Mais coincé par le récit dans des enchainements de boxe anglaise, il doit se résoudre à regarder Adkins faire le spectacle.  

La manière (extra)forte

Tueur endurci et taulard tyrannique qui enchaine les combinaisons de l’espace face à des adversaires médusés, quand il n’éructe pas avec l’accent russe d’une vache espagnole, Yuri Boyka trouve immédiatement sa place dans le Panthéon du genre. Promu mascotte de la franchise et nouvelle icône du cinéma d’action, Adkins reviendra dans deux suites encore plus spectaculaires et centrées sur son personnage (Undisputed : Redemption en 2011, Boyka : Undisputed en 2017). Entre-temps, il plonge dans l’univers stakhanoviste de l’actionner DTV pour consolider son nouveau statut. Le britannique sort 3 à 4 films par an, sans se laisser le temps de se retourner sur la qualité de ce qu’il tourne. Qu’importe : il s’agit avant tout d’occuper le terrain, de saisir la balle au bond et, quand l’occasion se présente, de relever le niveau (les Undisputed, le dyptique Ninja et surtout Universal Soldier : Day of Reckoning de John Hyams). Et pourquoi pas au passage en profiter pour façonner son style, à l’ombre du mainstream et dans l’angle mort des aficionados. 

Naissance d’un icône…

Car Adkins le sait : plus encore que ses capacités physiques, il doit se forger une persona susceptible de graver un récit qui lui est propre dans la roche du genre. C’est toute la différence entre une vedette de passage et une star qui reste après son départ, entre un Van Damme (pour reprendre son exemple) et les dizaines d’ersatz qui se sont abrités sous son ombre. 

Or, Yuri Boyka constituait déjà un indice on ne peut plus équivoque, la suite de sa carrière va enfoncer le clou : Adkins n’est pas fait pour être sympathique à l’écran. Son truc à lui, c’est les mâchoires serrées et le regard mauvais, l’humeur irascible d’un cockney sans Guiness et une relation orageuse avec tout ce qui peut ressembler de loin à un bon sentiment.  L’acteur l’a avoué après la sortie du premier Ninja : il ne sent pas à son aise dans les pompes du « good boy ». Et au-delà de l’opportunité d’accrocher une deuxième franchise à son tableau de chasse, Ninja 2 se pose comme l’opportunité pour Adkins de régler l’ardoise du premier volet. Un bon gros trauma pour pousser son personnage dans les bras d’une vengeance meurtrière, et voilà la figure du ninja enfin « adknisée ». C’est-à-dire débarrassé du corset de boy-scout qui l’étouffait dans le premier opus pour prendre un aller-simple vers les bourre-pifs qui laissent des traces et les nuques brisées sans états d’âmes. 

Le constat est encore plus parlant dans Universal Soldier : Day of reckoning. S’il ne se tire pas trop mal du mode Keanu Reeves qui consiste à entrouvrir la bouche d’un air hébété en découvrant le monde, c’est lorsque les instincts de son personnage reprennent le dessus qu’Adkins explose. Sans avoir les compétences d’acting à proprement parler pour composer sa partition, il dégage cet alter-ego possédé par le démon dans lequel puise le réalisateur. Ensemble, ils construisent un personnage au corps empêché par la rétention de sa violence immanente dans la première partie.  Adkins force le naturel pour jouer le type normal, parfaitement gauche quand il fait comme s’il ne comprenait pas le chaos qui l’entoure. Tout comme se remarque son aisance naturelle lorsqu’il débloque les verrous des enfers.  

C’est pas le chemin que j’avais imaginé pour toi fils…

Je frappe, donc je suis

Bref, Scott est violent. Scott est véner, Scott est irascible. Scott n’attends qu’une chose: que tu lui chies sur les bottes pour te ramener le nez dangeureusement près du cul. « Ce n’est pas un guerrier c’est un bagarreur. Les autres vivent pour la victoire tactique. Lui vit pour pisser sur la tombe de son adversaire ». A peu de choses près, ces mots écrit par Lee Child pour polir la bad asserie rutilante de son Jack Reacher dans Mission, confidentielle, trouvent tout leur équivoque chez Scott Adkins. C’est le diable de Tasmanie qui secoue le monde de canards qu’était devenu le genre dans les années 2000. Voir sa trilogie des Undisputed, qui se conclut par l’acceptation de son habitacle naturel par le héros. Comme s’il avait compris que le monde social n’était pas fait pour lui, qu’il préférait régner en enfer que s’emparer du trône au paradis. Trop corsé pour une société de demi-sels le bonhomme. Soit une certaine idée du récit adkinsien, qui entérine l’acteur dans un profil de contre-proposition qui connait une mise à jour stimulante depuis quelques temps … 

A priori rien ne vient distinguer Jesse V. Johnson du tout-venant des exécutants de DTV avec lesquels Adkins a l’habitude de sortir ses produits interchangeables. Surtout pas à l’aune d’une filmographie qui brasse à peu près tout ce que le monde de ce que le purgatoire du bis (voir z) peut compter que de résidents à l’année. Pourtant, il suffit de jeter un œil aux cinq films d’affilée (en trois ans !) pour se rendre compte que leur collaboration ne tient pas zu hasard. Car Accident Man, The Debt Collector, Triple Threat et Avengment (on oublie Savage Dogs) ne se contentent pas de faire (beaucoup) mieux que le DTV moyen. Ils poussent carrément les portes de la première division, et rétablissent les genres abordées dans leur propriétés vertueuses (adaptation de comic-book, buddy-movie, all-star crew action flics…).

 « Ce n’est pas parce qu’on a pas de sous qu’on doit-être mal fagoté » : soit la règle d’or de la série B que Johnson reprends à son compte. Ses films soignent ce qu’ils ont plutôt que de mettre le spectateur devant ce qu’ils n’ont pas, font amoureusement attention à ce que les personnages ne servent pas de prétextes aux bastons, comblent leurs modestes moyens en redoublant d’intelligence dans l’écriture (si si), et soumettent les combats à la logique de leurs enjeux dramatiques. Bref, de vrais bons films, où les idées sont injectées dans ces compartiments qui façonnent l’expérience du spectateur en passant sous son radar, donc délaissés par une industrie rompue à la culture de l’exhibition. 

Et Scott dans tout ça ? Et bien l’anglais continue à tout faire pour ne pas être pris pour le genre idéal, mais se met au diapason. En termes de timing, d’interaction avec ses partenaires et de nuances, la progression depuis le second Undisputed est notable. Mais surtout, il ajoute une corde qui manquait à son attirail : l’intériorité, soit la capacité à retenir quelque chose même quand tout a l’air de sortir, à surprendre le spectateur qui pense tout savoir du personnage.  Pour un acteur d’abord engagé sur ses qualités de performer (donc de démonstration), l’évolution est de taille mais correspond à un cinéma qui ne tient plus sur le seul spectacle de ses scènes de fight. Issac Florentine était le Pygmalion de Scott Adkins star martiale, Johnson a fait sa muse de Scott Adkins l’acteur. A 42 ans, il sait que l’avenir ne se trouve plus dans le dépassement permanent de la cascade de la foi précédente. Il faut le voir imposer son rôle de bad guy qui se délecte de lui-même dans Triple Threat, ou jouer le détenu qui accepte un peu trop vite la violence de son nouvel environnement dans Avengment. Un personnage qui à l’instar de celui qu’il incarnait dans Universal Soldier : Regeneration ne choisit pas de se retrouver sur la ligne de feu, mais ne se révèle pas mécontent d’y être. Dans des films où il s’agit de réinvestir des figures archétypes maintes fois balisées, le programme de Scott est limpide: être le « nastiest motherfucker you have ever seen« .

C’est toute la différence entre un Scott Adkins et les itérations du bad ass lyophilisé qui se cachent derrière des prétextes (esthétiques, narratifs, moraux) pour cracher la foudre. Le héros adkinsien est déjà bousillé de la tronche avant que la merde lui tombe dessus. Il a l’appétit du sang sans y avoir goûter. Il n’a pas besoin des injustices du destin ou d’un dysfonctionnement sociétal pour devenir un animal : c’est un Natural Born fucked up. Le rappel de l’échec programmé des organisations sociales à raisonner le chaos inhérent à l’âme humaine quand des prototypes lui rappellent que l’homme n’a pas besoin de motif. C’est John Wick sans l’excuse du chien de la femme décédée pour attendrir la donzelle en quête de gros durs qui ont un cœur deep inside. Hardcore Scott se servirait d’ailleurs comme d’un cure-dent de ce qui resterait de Keanu Reeves après leur face-à-face de 5 secondes. C’est le dernier rempart contre l’appropriation culturelle du genre par les esthètes de la minute postmoderne et les apôtres du monde bisounours désireux de mettre les icônes à niveau de leur fragilité anxieuse. C’est pour cette raison qu’on est peut-être pas prêt de le voir à Hollywood, et qu’on est pas sur au fond de vouloir le regarder partir. Pour qu’il reste The Last Man Standing, comme Boyka. Pour lui aussi, mieux vaut régner en enfer que servir au Paradis.

Publicités
Uncategorized

LES FILMS DE GROSSES COUILLES REALISES PAR DES PETITES BITES

Quiconque voue à Team America le culte qu’il mérite sait bien que le monde se divise en trois catégories : les têtes de nœuds, les petites chattes, et les trous du cul (la traduction française officielle pour « dick », « pussies » et « asshole ». Désolé, on va faire avec). Je vous laisse le soin de cliquer sur le lien ci-dessus pour reconstituer l’allégorie géopolitique qui se cache derrière le langage fleuri de Trey Parker et Matt Stone. Mais pour faire court : les petites chattes ont besoin des têtes de nœud impétueuses pour baiser les trous du cul afin d’éviter d’être recouvert de merde. De quoi faire l’économie d’heures entières d’émissions à thème sur CNN . 

On se demande bien comment les deux trublions de South Park s’y prendraient aujourd’hui pour parodier les codes du film d’action sans un Jerry Bruckeimer pour donner un cap à l’esthétique kaboom. Car au fond, la situation du genre ressemble un peu à l’Irak post Saddam Hussein : un  territoire divisé en factions qui s’affrontent au gré d’alliances contradictoires, faute d’un homme fort pour mettre tout le monde au pas. Les centaines de milliers de morts et la guerre civile en moins, certes. Mais n’empêche que c’est quand même le bordel cette histoire : les petites chattes se mettent à faire des films de têtes de nœuds, les têtes de nœuds ont chopé une mentalité de petites chattes, et à l’arrivée les grosses couilles sont filmées par des petites bites. Twittes ça, Donald Trump. 

Le profil-type du réalisateur de film d’action aujourd’hui

Rentrons dans le vif du sujet, il existe deux sortes de films de grosses couilles filmées par des petites bites. La première désigne les petites bites gonflées à la pompe à pénis, héritiers idéologiques de tonton Jerry mais sans le filtre esthétique pour prendre le minimum de hauteur requis sur leurs sujets. Ceux-là se tatouent Semper Fi sur le bras, récitent le serment des Navy Seals avant de se coucher, portent leur Ray-Ban les jours de pluie et surjouent la carte de l’authenticité pour montrer qu’ils savent de quoi ils parlent. Se mettre au niveau de leurs personnages revient à s’agenouiller devant la braguette de leur propagande de corps, et les filmer revient à s’enivrer de leur aura jusqu’à l’écœurement. Bref, les Michael Bay du pauvre déguisés en Michael Mann du miséreux. Ceux-là mériteraient leur propre édito, mais nous parlerons de David Ayer et Peter Berg une autre fois. 

Situé à l’exact opposé du spectre, le deuxième est un spécimen lui aussi bien grâtiné, et revenu sous les feux de l’actualité avec la diffusion de Triple Frontier sur Netflix : les films de grosses couilles réalisés par des petites bites molles. Eux, contrairement aux précédents ne mettent pas de chaussettes dans leur pantalon pour gonfler leur entrejambe. Ils l’annoncent d’ailleurs souvent d’entrée de jeu : ils ne sont pas là pour jouer à qui a la plus grosse, vu que de toutes façons la taille non seulement ça compte pas, mais en plus c’est vulgaire. 

Ce sont les nouveaux hérauts d’un cinéma populaire conçu pour répondre aux attentes de cette cinéphilie de salon qui a posé ses conditions à sa validation culturelle. Ce sont ces récits de bonhommes à gros roustons qui rétrécissent leurs attributs pour gagner en « complexité », terme pontifiant qui traduit souvent davantage les prétentions du réalisateur que les émois des personnages censés en bénéficier. Ce sont les Denis Villeneuve, JC Chandlor, Scott Cooper, Ryan Googler et autres Taylor Sheridan. Ces bêtes de festival, égérie de la critique « ouverte » et transpondeurs de la bien-pensance contemporaine, qui mettent en avant leur argument de genre pour mieux le vider de sa substance en le subordonnant à leur volonté de faire « plus ». 

Or, « faire plus », ça veut souvent dire faire autre chose. En l’occurence, imposer sa personnalité au sujet pour être sur de ne pas manger à la même table que les autres. La petite bite molle filme des icônes hardcores, mais elle le fait toujours avec le souci de ne pas y être assimilé. Petit pénis pense à ses personnages, mais surtout à l’image qu’il va dégager de lui-même à travers eux. C’est quand même pas parce qu’on filme des briques de testostérone qu’on va se mettre à sentir le jus de couille !

Il s’agit donc au préalable de passer de passer du sens bon sur cette odeur de masculinité suintante, histoire de ne pas tromper les sinus délicats du spectateur moderne. Pour se faire, le mieux est toujours de recourir à la bonne vieille explication de texte, où les personnages oralisent bien haut ce qui ne va pas deep inside them. Répéter l’opération à intervalles réguliers si besoin est, histoire de s’assurer de bien faire passer le message. Et si c’est pas suffisant, prenez un grand acteur concentré pour le faire regarder l’horizon d’un air concerné afin de montrer qu’il ressasse beaucoup (modèle Christian Bale dans Hostiles). 

La petite bite le sait : il ne faut laissez aucune place à l’ambiguïté. D’autant qu’il sera toujours possible de rattraper un peu d’intériorité avec de longs plans contemplatifs qui permettront de se faire reluire le joufflu. Et en vous entourant des cadors des cadors sur leur postes respectifs (genre Roger Deakins à la photo chez Denis Villeneuse sur Sicario), vous pourrez carrément la jouer hot saucisse au spectateur persuadé de plonger dans l’inconnu. Quand bien même vous aurez pris soin de lui glisser les certitudes morales du personnage référent pour lui éviter de se perdre (toujours sortir couvert, that’s the rule). Règle numéro 1 du cinéma de petite bite: soigner l’emballage même s’il n’y a pas grand-chose à déballer. Parce qu’on prendra soin de servir la notice explicative sur un plateau au spectateur pour annihiler tout fonctionnement intuitif.

Tu la sens, ma grosse concentration ?!

C’est la jurisprudence George Romero, qui démarre lorsque tout le monde s’est mis à aimer Zombie parce que « critique contre la société de consommation ». Le cinéma populaire est devenu casher non pas dans sa vocation à produire une expérience, mais à dire des choses à travers son maillage de codes et de passages obligés. C’est le propre des petites bites molles que de subordonner le plaisir au propos et de réduire l’archétype au symbole (là-dessus, J.C Chandlor vient de décrocher le maillot jaune de l’enfonçant de portes ouvertes avec Triple Frontier).  

Or, l’un des fondements du cinéma que l’on aime réside dans la possibilité de nous faire côtoyer des individus à l’écran qui évoluent dans des extrêmes inaccessibles au commun des mortels. D’autant plus avec les films de grosses couilles qui racontent l’histoire de gangsters, de bidasses d’élites ou de flics hard-boiled. Autant de personnalités qui vivent déjà sur le fil du rasoir et vont jouer à la marelle au bord du ravin. Afin que l’art puisse remplir sa fameuse fonction cathartique, il est donc nécessaire (pour ne pas dire indispensable) de conditionner les moyens d’expressions du médium à l’intensité des personnages. C’est la quintessence sensorielle du cinéma de Kathryn Bigelow (qui devait réaliser Triple Frontier justement), où la capacité d’un William Friedkin à ébranler notre zone de confort morale. A personnalité extrême, geste cinématographique extrême.

Or, s’il y a bien un point commun aux petites molles, c’est cette précaution à ne tremper que le bout du gros doigt de pied dans la mare, à filmer des situations inextricables sans les transformer en épreuve. C’est le Adonis de Creed, super boxer qui possède déjà tout et semble imperméable à l’effort dans son apprentissage. C’est les ex-Seals de Triple Frontier, qui transforment le braquage d’un narco en camping champêtre. C’est la différence entre Sicario premier du nom et sa suite réalisée par Stefano Sollima. D’un côté un film qui surenchérit la carte du nihilisme tout en prenant garde de rester du bon côté du cordon sanitaire qui le sépare de ce qu’il se passe. De l’autre une shoot d’adrénaline qui vous tient en apnée dans un territoire redevenu sauvage et vous confronte aux dilemmes moraux des protagonistes dans le feu de l’action. 

Au fond, les petits pénis ne peuvent s’empêcher de placer l’image qu’ils veulent renvoyer d’eux-mêmes entre le public et ce qu’il se passe à l’écran, de telle sorte que le propos est finalement toujours assené à distance de l’expérience. Comme s’ils ne voulaient pas vraiment être mis à l’épreuve par le ressenti.  Ce qui génère deux conséquences : d’abord fonctionner contre l’intelligence émotionnelle du spectateur, et ensuite délivrer de fait des discours aussi timorés et faussement audacieux que leur mise en image. Une dissociation qui peut même aboutir à des contre-sens idéologiques particulièrement foireux (le sort d’un personnage dans Triple Frontier et son absolution douteuse), voir à fonctionner à contre-sens de toutes logiques organiques du récit. 

« Ces grands espaces de la largeur horizontale qui voudraient m’engloutir à 360°c »

Mais parce que même les petites bites ont leur arbre généalogique, il convient de remonter le cours d’eau qui abreuve cette libido cinématographique incertaine. De retrouver le père biologiques des têtes de gland mous du bout. Et si ce n’était autre que… Ridley Scott, soit LA référence des cinéastes désireux de faire comprendre qu’ils veulent conserver une assise arty sur leurs velléités populaires. Or, force est de constater que c’est bien le Ridley Scott d’aujourd’hui qui a fait école, pas celui des trois films que l’on cite tout le temps pour rappeler l’objet de son culte. Celui qui se shoote au Viagra de ses prétentions thématiques pour envoyer un peu d’afflux sanguin dans une imagerie ramollie.  Ridley Scott, qui a nivelé son cinéma par le bas tout seul comme un grand pour montrer au spectateur la haute opinion qu’il se fait de lui. Ridley Scott, qui a transformé son esthétique de l’expérience intuitive en garde-robe formelle servant la soupe à la cuillère au public. Bref, le général en chef de cette armée de têtes de nœuds qui regardent la nouille pendre entre leurs cuisses plutôt que de baiser comme il se doit les trous du cul. On est pas sorti de la merde.