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HOBBS AND SHAW: I WANT TO GET FREE (part.2)

CE QUE JE VEUX:

– Un concours de teubs entre deux taureaux d’élevage qui s’envoient des punchlines de kéké à la gueule toutes les 2 minutes, façon screwball Comedy qui aurait repris du steak de cheval au dessert. 

– Un bad guy tellement classe que même la classe change d’orthographe quand il débarque. Qui plus est susceptible de vraiment mettre la pression sur les deux héros, et pas juste servir de prétexte à leur bromance (en plus avec Idriss Elba, déconnez pas les mecs). 

– Un goût pour la démesure qui ne trahit jamais un manque de respect vis-à-vis du spectateur, un souci du travail bien-fait dans le n’importe quoi, un équilibre entre le WTF et l’action physique. Bref, un sens du portnawak organique, qui découle des personnages et ne semble pas avoir été organisé par la seconde équipe dans un coin. Ce qui me conduit à :

– Un David Leitch présent pour faire le yes-man sur un film de producteurs (on espère) intelligents, qui exécute son cahier des charges avec ce qu’il faut de zèle visuel pour faire croire qu’il était là pour amener « sa vision ». Et évidemment, son savoir-faire réel en scènes de tapes mano-à-mano, la vraie raison de sa présence derrière la caméra. 

– Des seconds rôles qui ne servent pas de faire-valoir, des SFX un minimum finis, un rythme soutenu… 

Bref, je veux avoir envie de faire des tractions, boire une bière et acheter du quinoa pour le simple plaisir de le jeter à la poubelle (et tout ça en même temps). Je veux pouvoir dire que c’était mieux avant en prenant l’exemple d’un film d’aujourd’hui. Je veux un Tango et Cash 2 pour faire le double-programme ultime des soirées qui se terminent un concours de bras de fers et des tests de résistance au collier électrique (non, c’est pas ce que vous croyez). Je veux pouvoir régresser dans la joie et la bonne humeur et l’allegresse.

« C’est toi John Wayne, où c’est moi John Wayne ?! »

CE QUE JE NE VEUX PAS:

– Un autre Blockbuster qui se révèle être le produit d’appel d’une campagne marketing qui se distingue par sa capacité à comprendre des attentes que le produit finit s’avère incapable de satisfaire. Un truc qui se foire sur ses promesses et essaie de se rattraper sur des prétentions mal placées où des marges dont on a rien à foutre (sous-intrigues de soap, discours écolo qui visent les followers de Greta Thunberg, postures esthétiques péteuses). Ce qui est une option que l’on ne malheureusement pas écarter avec David Leitch, qui s’est fait une spécialité de pêter au dessus du service de table sans proposer autre chose que du surgelé.

– Un truc qui par impératif commercial choisit de satisfaire le public de Fast and Furious plutôt que d’opérer la césure promise en amont. A savoir un truc mal foutu et pas fini, con par manque de préparation plutôt que par vocation (bref, par nécessité plutôt que par choix), qui finit par se prendre au sérieux pour se donner une contenance sur les ruines de ses belles promesses. 

– L’infection vénérienne du blockbuster contemporain, dont la saga FF s’est imposé comme l’agent zéro: ce foutu discours « le plus important, c’est la famille ». Cette saloperie infectieuse que l’on retrouve dans chaque blockbuster ricain qui prône des valeurs « positives » pour sécuriser son investissement. Ce produit dérivé de la culture d’entreprise qui flatte le spectateur sur son appartenance suggérée au clan dépeint pour mieux lui faire oublier qu’il le prends pour un con. Cet appel au repli communautaire devenue la norme politiquement correct du PG-13. 
Niquez vos mères la famille. Arrêtez de soumettre ce qui devrait être des archétypes d’affirmation individuelle à une logique tribale de millenial fondamentalement contraire à leur essence. Même si je me doute bien que le détour samoan de Dwayne Johnson constituent un prétexte pour l’acteur pour entretenir sa marque de fabrique family-friendly sur Instagram, et qu’on risque pas de totalement y échapper. Mais en faites pas trop. SVP. 

– Un machin qui n’existe que pour annoncer la suite du spin-off du reboot de l’univers commun, qui reporte le bouclage de ses intrigues aux calendes grecques, sabote ses enjeux dramatiques pour ne surtout pas y apporter de conclusions trop définitives, et ne semble là que pour sa scène post-générique. Bref, le morceau d’un univers étendu qui n’essaie jamais de faire croire qu’il s’agit d’un film… à l’image de personnages qui n’existent qu’au travers du groupe finalement (qu’on se le dise: la franchise moderne et le concept d’univers étendu incarne l’excroissance médiumnique de l’asservissement communautaire prôné par la politique familiale du blockbuster 2.0). 

Bref, je ne veux pas d’un machin dans l’air du temps qui singe les postures bad ass des 80’s comme des éléments de communication désincarnés dans le produit fini. Un truc qui te promet monts et merveilles pour t’annoncer à l’arrivée que le commencement manuel est également la finition. 

Bref, s’il te plait Père Noël. Fais pas ta pute stp.

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LA FEMME-ENFANT CHEZ LUC BESSON

Oui bon, je sais ce que vous allez dire. Encore un blogueur paumé dans la multitude du net qui essaie de se payer une tranche de buzz sur le dos d’un homme à terre. Vous n’avez surement pas tout à fait tort, si ce n’est qu’on remarquera que la position du tireur couché n’empêche en rien notre sujet du jour d’encaisser de juteuses compensations pour son chemin de croix. C’est que pour Luc Besson, il en va des parachutes dorés comme du reste : séditieux par devant mais pragmatique par derrière, un pirate de bateau de plaisance, marginal qui fait des pas de côté tout en prenant soin de ne rester dans la mire du centre. Bref, un démagogue, un vrai, un pur un dur un tatoué. 

Du genre à faire dire Nique l’état aux personnages des productions Europa Corp , tout en grattant les poches du contribuable pour sa Cité du cinéma.  Du genre à faire monter ses épigones au créneau pour l’ériger en alternative nécessaire et ses films en devoir moral à apprécier en salles quand la terre s’arrête de tourner autour de son orbite (voir Valérian). Un peu comme quand Pierre Bellanger, le président de Skyrock (une autre lessiveuse du vide d’une contre-culture transformée en tiroirs-caisse pour actionnaires), mobilisait tous les rappeurs concernés par leur Sacem (ça fait du monde) pour faire de son licenciement une cause nationale et engager le sort du rap français sur son maintien. Europacorp, Premier sur le rap : à chacun ses Tartuffe, y’en a pour tout le monde. 

Toutefois, tout système a ses limites, et la dernière opération com’ en date révèle à quel point le réalisateur sent le sol de la modernité se dérober sous ses pieds d’argile. Cette fois, la campagne n’est pas battue dans les marges promotionnelles du film, elle en constitue la raison d’être. Ainsi, plus encore qu’une volonté de remplir le frigo vide d’Europacorp, Anna s’impose comme une tentative désespérée de se raccrocher à l’air du temps. Je m’en remet aux joies de l’autocitation pour un détail plus exhaustif du bazar, mais la grossièreté de la manœuvre ne fait que surligner au marqueur cet aspect de sa filmo qu’Anna s’efforce de réhabiliter tranquilou bilou, sans rien dire à personne. Vous l’aurez compris, on va parler de l’autre point commun que Luc Besson partage avec Pierre Bellanger: sa relation compliquée avec la gent féminine. Enfin, celle de son cinéma du moins.

Soyons clairs : l’auteur de ces lignes ne goûte que modérément les chasses aux sorcières déclenchées tous les deux jours par les JSW qui exigent de la création artistique sa conformité à leur bien-pensance inquisitrice (quelque part le public racolé par Anna). Concernant Luc Besson, le problème est bien différent. Car il y a quelque chose de fondamentalement litigieux dans la promotion de l’idéal féminin dont Besson s’est fait le champion, depuis au moins Nikita justement. A savoir l’invariable femme-enfant émotionnellement attardée, dont la candeur désinhibée interpelle le mâle d’âge mur en quête d’innocence sauvage. 

Il ne s’agit nullement de porter un jugement moral sur des thèmes qu’il est loin d’être le seul à avoir explorer (Lolita de Stanley Kubrick pour ne citer que celui-là). La problématique ici réside dans la façon dont Besson tend à placer le spectateur devant le fait accompli de l’obsession de ses personnages masculins. Prenez le personnage de Tcheky Karyo dans Nikita. Impossible de saisir les raisons qui poussent cet agent zélé à mettre ses fonctions en péril pour aider une femme qui aurait plus sa place dans un hôpital de jour que dans un centre de formations pour espionnes aguerries.  En fait, on ne pige jamais ce qu’elle fout avec un fusil dans les mains, ni ce qui la motive (ou la contraint) à appuyer sur la détente à chaque fois que Besson lui met une cible sur sa route. 

Surtout quand le cinéaste continue de la filmer comme une gamine coincée dans le corps d’une adulte, confrontant jusqu’au sadisme son innocence parfaitement étanche aux horreurs de ce monde qu’il est trop injuste et méchant. Quitte à mettre le personnage dans un état d’hystérie émotionnelle permanent, épuisant le spectateur obligé de subir les manifestations de bipolarité d’un résidente Coterep qui communique par onomatopées. Ce qui inscrit finalement Besson dans le sillage d’un certain cinéma d’auteur français, trésor-culturel-que-le-monde-nous-envie qui s’est largement distingué par sa propension à transformer ses actrices en harpies criardes et bipolaires sous prétexte de sonder les mystères du chromosome XX. La femme est l’égale de l’homme oui; elle est simplement démunie devant la faiblesse des moyens d’expression dont elle dispose pour traduire la turpitude de sa condition. Les premières victimes du féminin compliquées, ce sont elles, et pas nous.

Bref, Besson a beau avoir passé sa carrière à se définir comme une contre-proposition à cette grande famille qui aurait toujours regardé de haut son exercice populaire, au fond tout le monde se rejoint sur l’essentiel. C’est le propre des conflits familiaux: on se fout joyeusement pendant le rosbif, on redescend en octaves pendant le fromage, et on se découvre d’accord sur le principal au dessert.

Filmer sans comprendre ce qu’on filme, on appelle ça un fantasme. Or, c’est tout le problème du cinéma de Luc Besson. Ce n’est pas de partager son idéal féminin, c’est de l’imposer au spectateur. C’est de se retrancher derrière la condition ultra-archétypale de ses personnages pour se dédouaner du traitement. Comme si le fait qu’il filmait des idées plus que des personnes (à ce titre, Lucy incarne le stade terminal de ses velléités), des concepts « purs » qui surplombaient ses contemporains (mais pas la libido des protagonistes mâles, hé hé) l’autorisait à s’abstraire de l’essentiel : il ne se met jamais à la place de celles qu’il « iconise ». Ce n’est pas le personnage de la femme enfant en soit, mais son insistance à la présenter comme un idéal sans autre construction que la projection des fantasmes masculins qui l’entourent. De là à dire que Jeanne d’Arc– « La Pucelle » a tout du terme de la quête d’un auteur ayant trouvé la licorne qu’il a poursuivi toute sa carrière, il n’y a qu’un pas que l’on a envie de franchir. Pour une simple raison: tout est question de point de vue. Et pour bien s’en rendre compte, il suffit de comparer les différentes options qui s’offrent à un cinéaste qui souhaite représenter un échange litigieux entre une lolita ingénue et un homme dans la force de l’âge, il suffit de regarder ÇA. Et puis ÇA juste après.

Dans le premier cas: un cinéaste qui affronte le contenu sulfureux de la scène sans se cacher derrière son petit doigt, mais conscient du tabou qu’il est en train de transgresser. Martin Scorsese fait partie de ces cinéastes qui ressentent le besoin de se mettre en danger. Notamment pour s’approprier les films de commande qu’il ne voulait pas forcément faire au départ, et particulièrement dans un métrage comme Les nerfs à vif, où les personnages expérimentent l’effondrement de la zone de confort de l’American Way of Life et les certitudes morales qui la délimitaient. Or, pour Scorsese pas question de laisser ses protagonistes partir au charbon sans lui-même s’exposer. Vieille marotte d’un cinéaste catholique: on ne représente correctement le malin qu’en confrontant sa propre vertu à la perversion. Je ne peux regarder (en l’occurrence: filmer) ce que les autres vivent si je ne suis pas prêt à m’y confronter moi-même.

Ici la scène est dérangeante parce que sensuelle, parce que la jeune Juliette Lewis découvre son pouvoir de séduction dans les yeux de ce taré de Max Cady, auquel Robert De Niro prête son regard d’autorité prédatrice. L’emprise de Cady est indéniable tout autant que son pouvoir de persuasion sur la jeune ingénue. Scorsese sait ce qu’il est en train de faire et pour bien appuyer le trait convoque l’imagerie du conte de fées pour imprimer les motifs dans le regard du spectateur. Le réalisateur n’essaie jamais de convaincre le spectateur qu’il filme quelque chose d’anodin, où la péripétie lambda d’un thriller bourgeois quelconque. Le monstre prend possession de l’univers des personnages, jusque dans leur psyché, de la même façon qu’il prends possession de l’inconscient du spectateur avec des motifs reconnaissables.

Second cas: il s’appelle Léon, et il a pas de gros camion mais un court-circuit dans le néon, et pour un peu, il aurait bien sa place dans un film de Bruno Dumont. C’est ce que nous dis le regard de cheval mort de Jean Reno et la relation étrange qu’il entame avec une gamine de 13 ans. Chez les autres c’est problématique, mais on le sait depuis La vie de Jésus et Confessions Intimes, dans ch’Nord c’est une coutume: ce n’est pas à New-York que Besson aurait tourner son film, mais à Outreau. Surtout que l’équilibre des forces est respecté: Mathilda est plus mature que son âge, mais Léon est un enfant qui n’a jamais grandi. Tout va bien, y’a pas de quoi s’inquiéter. La preuve ils vivent leur idylle innocente en jouant à se déguiser. L’impression d’être coincée dans la tête de Michael Jackson façon The Cell commence déjà à s’installer , mais ce sont les détails qui vont faire la différence.

Au-delà de la façon dont le cadre accorde l’ascendant à Mathilda, la candeur surjouée de l’ensemble permet à Besson de faire passer la pilule quand il marilyne monroise la gamine en grand-angle et filme la réaction tout en subtilité de Jean Reno en contre-champ (avant de rebondir sur autre chose juste après). Contrairement aux Nerfs à Vif, où les personnages devenaient des archétypes de contes de fées sous la caméra de Scorsese, Reno et Portman jouent à imiter des archétypes populaires. Autrement dit, il ne s’agit pas d’élaborer l’intériorité du film en jouant sur l’inconscient du spectateur et les archétypes qui le constituent, mais de tout ramener à la surface avec la connivence du public. Besson essaie de nous convaincre en tout bien tout honneur qu’il s’agit de deux enfants (certes avec un léger décalage d’âge) en train de jouer. Alors que ce que la scène cristallise réellement, c’est l’émergence de l’attirance charnelle d’un homme dans la force de l’âge pour une adolescente de 13 ans. Bref, Besson esquive et se confie par lapsus, et donne de fait l’impression d’un ours en train de tourner autour du pot de miel. Pour pouvoir prétendre avec Anna, 24 ans après, que non il n’a jamais eu envie d’y tremper la patte au cas ou on aurait mal compris. Il y a des défenses qui donnent encore plus l’air coupables que d’autres…

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Roland Emmerich vous déteste.

Comme à chaque fois qu’un blockbuster me fait relativiser ce que je trouvais nul il y a 15 ou 20 ans, je m’impose une séance de remember pour m’assurer que je n’ai pas fantasmé un âge d’or où même la merde dégageait une petit odeur mentholée. Ici, la sortie de l’atroce Godzilla: King of monsters m’a poussé dans les bras non pas des long-métrages japonais (j’ai jamais prétendu être un homme de goût), mais du Roland Emmerich sorti en 1998. Un film qui s’était fait allègrement défoncé pour tout un tas de bonnes raisons à sa sortie, et qu’il m’incombait de revoir pour m’assurer que les bouses avariés d’hier ne seraient pas devenues comestibles aujourd’hui. Et si d’un strict point de vue cinématographique, le film se tient 10 fois plus que la bouillie informe et indistincte de Michael Dougherty (ne serait-ce qu’à l’aune d’une exposition qui fonctionne plutôt bien), il réussit aussi à s’avérer plus antipathique. Ce qui n’est pas peu dire par rapport à un millésime 2019 qui se sert de l’humeur écolo du moment pour habiller les prétextes de personnages prêts à décimer la moitié de l’humanité pour sauver la planète. Un peu comme Samuel L. Jackson dans Kingsman, sauf que ce sont un peu les gentils (ou des pas bien méchants).

J’ai jamais pu m’empêcher de voir un cynisme insidieux dans le cinéma de Roland Emmerich, épigone tardif de Steven Spielberg qui ne croyait jamais aux symboles qu’il manipulait. Comme si en tant qu’immigrant resté extérieur à la culture dans laquelle il évoluait, il réduisait son public à un réseau de représentations qu’il suffisait d’actionner pour déclencher une adhésion pavlovienne. Le crowd-pleaser chez Emmerich a toujours cet arrière-goût déplaisant propre aux cuistots qui ne trempent pas leurs lèvres dans le potage qu’ils te servent. On y goute sous le poids du regard de celui qui scrute les cochons se rouler dans la boue, à la vue du dealer qui regarde ses clients se piquer en tirant la grimace de dégout.

Dans ses rêves, Roland Emmerich marche sur l’Amérique


Or, ce dédain n’a jamais autant viré à la misanthropie pure et simple que dans Godzilla, film qui amorça le déclin du cinéaste après qu’il ait checké le sommet de la montagne avec Indépendance Day. Comme si le mec essayait de contenir une pulsion de vérité qui lui brulait les lèvres et s’en échappait par à-coup façon Gilles de la Tourette.

Comme s’il voulait vraiment dire ce qu’il pense de ces abrutis de militaires qui font plus de dégâts que la créature qu’ils poursuivent, de cette galerie de personnages dégueulasses d’égocentrisme (except Matthew Broderick et Jean Reno) pour lesquels on est censé s’attacher, de ces clichés du français destiné à flatter l’américain moyen, de cette culture du narcissisme et de la brutalité qu’il regarde triompher à contre-coeur. A ce titre, le plan final, dans lequel le personnage de Matthew Broderick regardant Godzilla s’éteindre avant de rejoindre ses semblables ne résonne pas comme l’instant- compassion, mais comme un jugement pour ceux qui célèbrent la mort de la bête sans égards pour la vie de s’éteindre.


Il y a une scène dans Godzilla dans laquelle Emmerich semble s’amuser ouvertement de la société dans laquelle il évolue, lorsque Broderick et Reno sont poursuivis par les mini Godzi au sein du Madison Square Garden. A un moment, Broderick échappe de justesse aux simili-vélociraptors qui l’ont pris en chasse. Alors que les portes de l’ascenseur s’ouvre, il tombe sur les glougloutes en train de faire la fête avec du popcorn. Après s’être excusé (moment lol), il va retrouver sa belle dans le studio. Celle-ci, journaliste en herbe qui lui a planté un couteau dans le dos une demi-heure auparavant, pirate les réseaux TV pour lancer un message d’alerte. Forcément, c’est le moment de gloire cathartique pendant lequel elle réalise enfin son rêve (passer à la TV) en se mettant au service du bien commun et non pas de sa petite personne. Mais Emmerich appuie tellement le trait qu’il retourne la situation pour en faire un étalage de satisfaction personnelle, au mépris de la situation et du message qu’elle était censé faire passer. Ici, le fond se met ostentatoirement au service de l’égo de la forme. On est plus chez Spielberg, mais chez le Joe Dante de Gremlins 2, où l’opinion du maître de cérémonie déborde très largement sur les représentations qu’il est censé servir.

Tu sais, c’est toujours moins humiliant que chez Besson

A ce titre, Godzilla pourrait presque prétendre à l’équivalent de Small Soldier pour le teuton génocidaire s’il ne jugeait pas autant ceux qu’il filme que ceux qui regardent ce qu’il filme. C’est le problème fondamental du cinéma d’Emmerich: ses films sont fondamentalement contre le public auquel il renvoie le reflet le plus méprisable de lui-même. Chez Emmerich, vous n’êtes pas spectateur, mais un iencli prêt à croire sans préalables aucun qu’on peut faire passer un test de grossesse acheté à la pharmacie à une créature radioactive haute de 30 étages. C’est l’antihumanise absolu, l’antithèse d’un Spielberg et l’inverse d’un Michael Bay qui peut importe ce qu’on lui reproche, ne cesse jamais d’être au diapason de ce qu’il filme.

Pas étonnant que la trajectoire des héros chez Emmerich ignore sciemment les millions de morts qui gisent dans leur rétroviseur. La moitié de l’humanité peut clamser d’un claquement de doigt sans que cela empêche les héros de sortir une blague et de jouir d’un happy-end de fils de putes. Ce n’est pas grave, c’est tout ce qu’il faut au spectateur pour se sentir bien à la fin de la séance, parce que ce qu’il est lui-même un gros connard d’individualiste qui laisserait la moitié de l’humanité crever tant que personne ne vient toucher à sa baraque. Roland Emmerich n’a jamais été aussi clair là-dessus que dans Godzilla: il n’aime pas vraiment le genre humain (en tout cas l’américain). Ce qui en fait un film aussi détestable, mais néanmoins plus intéressant que l’immonde daubasse qui pollue actuellement vos écrans.

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Scott Adkins: Natural Born Killer

Il y a ceux qui posent les questions avant, ceux qui posent les questions après. Scott Adkins lui n’a que peu d’intérêts pour les réponses: tout ce qu’il veut, c’est péter des tronches et repartir chez lui le coeur léger. Alors qu’il vient de s’offrir un double-programme de choix avec les sorties conjointes de Triple Threat et Avengment, retour sur la carrière d’un homme qui, depuis le rôle de Yuri Boyka (véritable ligne de code de sa filmographie), s’est imposé comme la locomotive borderline de la série B, à laquelle il rappelle sa vocation à bousculer les conventions mainstream.

Only the strong survive

Quiconque s’est intéressé au cinéma de grosses tatanes au début des années 2000 se souvient de la période de sécheresse qui a accompagné sa quasi-disparition des salles obscures (hormis Jason Statham pour maintenir une petite flamme fragile). La paupérisation du genre dans les usines d’Europe de l’Est et les bacs DVD de Carrefour en a fait un refuge pour ex-vedettes laissées sur le carreau par l’air du temps. Quand à ceux qui survivent dans les salles, ils doivent se plier à la mode du kung-fu câblé post-Matrix, siphonnant la physicalité nécessaire d’un univers qui troque l’impact de la confrontation pour le numéro de cirque monté de traviole

Un phénomène qui va générer deux réactions distinctes : l’émergence du close-combat filmé caméra à l’épaule pour le cinéma mainstream qui s’aligne désormais sur la ligne Jason Bourne. Pour le film de cogne pur et dur, le renouveau vient d’Asie, lorsque Ong Bak sèche la planète et que Donnie Yen revendique un trône laissé vacant à Hong-Kong avec SPL et Flashpoint.

C’est dans ce contexte où la production U.S n’a pas d’autres choix que de s’aligner sur les nouveaux canons asiatiques que Scott Adkins a débarqué. Cascadeur formé à Hong-Kong (il a bossé chez Jackie Chan et Tsui Hark) et artiste martial multi-facette, Adkins correspond parfaitement aux besoins d’une époque qui est à l’hybridation des styles et des formes (on est en pleine explosion du MMA, que Donnie Yen a parfaitement intégré à ses chorégraphies). Ajoutez-y un physique de poster boy et l’inénarrable appel du « Great White Hope », tout est réunis pour que Scott Adkins refasse le coup de Jean-Claude Van Damme (avec lequel il fut souvent comparé) en son temps. A savoir un acteur conjuguant physique bâti à l’occidentale avec des capacités martiales rivalisant avec les plus grandes stars orientales.  

J’ai une tronche à faire un shooting pour GQ ?!

Mais contrairement au Belge flamboyant, ce n’est pas en tant que héros qu’Adkins va planter son drapeau sur le territoire du genre, mais anti-héros. En bad guy pour être exact, à travers le rôle de Yuri Boyka, antagoniste de Undisputed 2 d’Isaac Florentine, son premier sensei derrière la caméra (sept films ensemble quand même). Dans cette suite low-cost d’un excellent et délicieusement anachronique film de Walter Hill, Adkins vole le show et la vedette à Michael Jai White, vieux routard (déjà) et « good guy » du film qui comptait surement sur le film pour accaparer les spotlights. Mais coincé par le récit dans des enchainements de boxe anglaise, il doit se résoudre à regarder Adkins faire le spectacle.  

La manière (extra)forte

Tueur endurci et taulard tyrannique qui enchaine les combinaisons de l’espace face à des adversaires médusés, quand il n’éructe pas avec l’accent russe d’une vache espagnole, Yuri Boyka trouve immédiatement sa place dans le Panthéon du genre. Promu mascotte de la franchise et nouvelle icône du cinéma d’action, Adkins reviendra dans deux suites encore plus spectaculaires et centrées sur son personnage (Undisputed : Redemption en 2011, Boyka : Undisputed en 2017). Entre-temps, il plonge dans l’univers stakhanoviste de l’actionner DTV pour consolider son nouveau statut. Le britannique sort 3 à 4 films par an, sans se laisser le temps de se retourner sur la qualité de ce qu’il tourne. Qu’importe : il s’agit avant tout d’occuper le terrain, de saisir la balle au bond et, quand l’occasion se présente, de relever le niveau (les Undisputed, le dyptique Ninja et surtout Universal Soldier : Day of Reckoning de John Hyams). Et pourquoi pas au passage en profiter pour façonner son style, à l’ombre du mainstream et dans l’angle mort des aficionados. 

Naissance d’un icône…

Car Adkins le sait : plus encore que ses capacités physiques, il doit se forger une persona susceptible de graver un récit qui lui est propre dans la roche du genre. C’est toute la différence entre une vedette de passage et une star qui reste après son départ, entre un Van Damme (pour reprendre son exemple) et les dizaines d’ersatz qui se sont abrités sous son ombre. 

Or, Yuri Boyka constituait déjà un indice on ne peut plus équivoque, la suite de sa carrière va enfoncer le clou : Adkins n’est pas fait pour être sympathique à l’écran. Son truc à lui, c’est les mâchoires serrées et le regard mauvais, l’humeur irascible d’un cockney sans Guiness et une relation orageuse avec tout ce qui peut ressembler de loin à un bon sentiment.  L’acteur l’a avoué après la sortie du premier Ninja : il ne sent pas à son aise dans les pompes du « good boy ». Et au-delà de l’opportunité d’accrocher une deuxième franchise à son tableau de chasse, Ninja 2 se pose comme l’opportunité pour Adkins de régler l’ardoise du premier volet. Un bon gros trauma pour pousser son personnage dans les bras d’une vengeance meurtrière, et voilà la figure du ninja enfin « adknisée ». C’est-à-dire débarrassé du corset de boy-scout qui l’étouffait dans le premier opus pour prendre un aller-simple vers les bourre-pifs qui laissent des traces et les nuques brisées sans états d’âmes. 

Le constat est encore plus parlant dans Universal Soldier : Day of reckoning. S’il ne se tire pas trop mal du mode Keanu Reeves qui consiste à entrouvrir la bouche d’un air hébété en découvrant le monde, c’est lorsque les instincts de son personnage reprennent le dessus qu’Adkins explose. Sans avoir les compétences d’acting à proprement parler pour composer sa partition, il dégage cet alter-ego possédé par le démon dans lequel puise le réalisateur. Ensemble, ils construisent un personnage au corps empêché par la rétention de sa violence immanente dans la première partie.  Adkins force le naturel pour jouer le type normal, parfaitement gauche quand il fait comme s’il ne comprenait pas le chaos qui l’entoure. Tout comme se remarque son aisance naturelle lorsqu’il débloque les verrous des enfers.  

C’est pas le chemin que j’avais imaginé pour toi fils…

Je frappe, donc je suis

Bref, Scott est violent. Scott est véner, Scott est irascible. Scott n’attends qu’une chose: que tu lui chies sur les bottes pour te ramener le nez dangeureusement près du cul. « Ce n’est pas un guerrier c’est un bagarreur. Les autres vivent pour la victoire tactique. Lui vit pour pisser sur la tombe de son adversaire ». A peu de choses près, ces mots écrit par Lee Child pour polir la bad asserie rutilante de son Jack Reacher dans Mission, confidentielle, trouvent tout leur équivoque chez Scott Adkins. C’est le diable de Tasmanie qui secoue le monde de canards qu’était devenu le genre dans les années 2000. Voir sa trilogie des Undisputed, qui se conclut par l’acceptation de son habitacle naturel par le héros. Comme s’il avait compris que le monde social n’était pas fait pour lui, qu’il préférait régner en enfer que s’emparer du trône au paradis. Trop corsé pour une société de demi-sels le bonhomme. Soit une certaine idée du récit adkinsien, qui entérine l’acteur dans un profil de contre-proposition qui connait une mise à jour stimulante depuis quelques temps … 

A priori rien ne vient distinguer Jesse V. Johnson du tout-venant des exécutants de DTV avec lesquels Adkins a l’habitude de sortir ses produits interchangeables. Surtout pas à l’aune d’une filmographie qui brasse à peu près tout ce que le monde de ce que le purgatoire du bis (voir z) peut compter que de résidents à l’année. Pourtant, il suffit de jeter un œil aux cinq films d’affilée (en trois ans !) pour se rendre compte que leur collaboration ne tient pas zu hasard. Car Accident Man, The Debt Collector, Triple Threat et Avengment (on oublie Savage Dogs) ne se contentent pas de faire (beaucoup) mieux que le DTV moyen. Ils poussent carrément les portes de la première division, et rétablissent les genres abordées dans leur propriétés vertueuses (adaptation de comic-book, buddy-movie, all-star crew action flics…).

 « Ce n’est pas parce qu’on a pas de sous qu’on doit-être mal fagoté » : soit la règle d’or de la série B que Johnson reprends à son compte. Ses films soignent ce qu’ils ont plutôt que de mettre le spectateur devant ce qu’ils n’ont pas, font amoureusement attention à ce que les personnages ne servent pas de prétextes aux bastons, comblent leurs modestes moyens en redoublant d’intelligence dans l’écriture (si si), et soumettent les combats à la logique de leurs enjeux dramatiques. Bref, de vrais bons films, où les idées sont injectées dans ces compartiments qui façonnent l’expérience du spectateur en passant sous son radar, donc délaissés par une industrie rompue à la culture de l’exhibition. 

Et Scott dans tout ça ? Et bien l’anglais continue à tout faire pour ne pas être pris pour le genre idéal, mais se met au diapason. En termes de timing, d’interaction avec ses partenaires et de nuances, la progression depuis le second Undisputed est notable. Mais surtout, il ajoute une corde qui manquait à son attirail : l’intériorité, soit la capacité à retenir quelque chose même quand tout a l’air de sortir, à surprendre le spectateur qui pense tout savoir du personnage.  Pour un acteur d’abord engagé sur ses qualités de performer (donc de démonstration), l’évolution est de taille mais correspond à un cinéma qui ne tient plus sur le seul spectacle de ses scènes de fight. Issac Florentine était le Pygmalion de Scott Adkins star martiale, Johnson a fait sa muse de Scott Adkins l’acteur. A 42 ans, il sait que l’avenir ne se trouve plus dans le dépassement permanent de la cascade de la foi précédente. Il faut le voir imposer son rôle de bad guy qui se délecte de lui-même dans Triple Threat, ou jouer le détenu qui accepte un peu trop vite la violence de son nouvel environnement dans Avengment. Un personnage qui à l’instar de celui qu’il incarnait dans Universal Soldier : Regeneration ne choisit pas de se retrouver sur la ligne de feu, mais ne se révèle pas mécontent d’y être. Dans des films où il s’agit de réinvestir des figures archétypes maintes fois balisées, le programme de Scott est limpide: être le « nastiest motherfucker you have ever seen« .

C’est toute la différence entre un Scott Adkins et les itérations du bad ass lyophilisé qui se cachent derrière des prétextes (esthétiques, narratifs, moraux) pour cracher la foudre. Le héros adkinsien est déjà bousillé de la tronche avant que la merde lui tombe dessus. Il a l’appétit du sang sans y avoir goûter. Il n’a pas besoin des injustices du destin ou d’un dysfonctionnement sociétal pour devenir un animal : c’est un Natural Born fucked up. Le rappel de l’échec programmé des organisations sociales à raisonner le chaos inhérent à l’âme humaine quand des prototypes lui rappellent que l’homme n’a pas besoin de motif. C’est John Wick sans l’excuse du chien de la femme décédée pour attendrir la donzelle en quête de gros durs qui ont un cœur deep inside. Hardcore Scott se servirait d’ailleurs comme d’un cure-dent de ce qui resterait de Keanu Reeves après leur face-à-face de 5 secondes. C’est le dernier rempart contre l’appropriation culturelle du genre par les esthètes de la minute postmoderne et les apôtres du monde bisounours désireux de mettre les icônes à niveau de leur fragilité anxieuse. C’est pour cette raison qu’on est peut-être pas prêt de le voir à Hollywood, et qu’on est pas sur au fond de vouloir le regarder partir. Pour qu’il reste The Last Man Standing, comme Boyka. Pour lui aussi, mieux vaut régner en enfer que servir au Paradis.

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HOBBS AND SHAW: I WANT TO GET FREE

Dans une galaxie lointaine, très lointaine…

Depuis la nuit des temps et à quelques exceptions près, les blockbusters d’Hollywood dépendent des moeurs des producteurs avant de renvoyer à une personnalité créatrice. Aussi, il ne faut chercher bien loin pour expliquer la folie des grandeurs propres aux terribles années 80-90: la cocaïne. La cc qui circulait par kilogrammes quotidiens dans les narines de yuppies dégénérés qui se faisaient pousser le catogan de Steven Seagal avant de greenlighter leur fantasmes de mâles blancs sous influences. Il faudrait surement diligenter une enquête, mais parions qu’il manque au CV bien fourni de Pablo Escobar le titre de producteur délégué sur au moins une bonne dizaines de productions

Puis les choses ont changé quand tout ce petit monde a découvert une ressource qui allait bouleverser la face de l’industrie: l’eau. Ce qui constitue normalement une bonne nouvelle depuis que les premiers néandertaliens ont planté les graines de la sédentarité de l’espèce, mais constitue ici un cataclysme comparable à l’expulsion des hommes du Paradis (cette connasse d’Eve). Car la source de vie devint synonyme de déclin pour la civilisation de l’entertainement, qui s’exila des brumes éthyliques du jardin d’Eden à 80 dollars le gramme pour rejoindre les rives d’une sobriété castratrice. Des lors, les bouteilles d’Evian squattèrent les tables de réunions, les smoothies aux algues bio distribués en masse sur les plateaux, les narines nettoyées et les pantalons retroussés au-dessus des chevilles. Bref, les sept Plaies d’Egypte qui volent en formation #healthylife vers du cinéma bio et sans gluten. Pas besoin de se demander pendant 30 ans pourquoi on se fait autant chier en salles aujourd’hui. 

On veut en foutre partout!!!

Mais grande nouvelle. Une bande de marlous qui doivent fomenter leur putsch depuis longtemps a réussi à passer les lignes de la bien-pensance pour se tremper le biscuit dans la poudreuse avec les dollars de la multinationale en voie de greenwashing. Ce catalyseur de la révolution silencieuse qui donne enfin de la voix dans le son de la tôle froissée et le bruit des grosses couilles qui se font un tête à tête, c’est Hobbs and Shaw messieurs-dames.

(Re)descente sur Terre

Oui, bon je sais ce que vous pensez. Encore un blog de iencli bqui vante son devoir de réserve pour mieux s’asseoir dessus dès qu’une major aligne 200 millions de dollars pour lui titiller la zone (très) érogène du deltoïde en sueur et de la bromance à coups de parpaings. Et vous n’avez absolument pas tort.

Oui, il y a surement quelque chose de litigieux dans la facilité à concentrer sa raison d’être cinéphilique dans l’espoir de voir un ersatz de Tango et Cash sur grand-écran en 2019. Certes, il faut bien avouer que le radar à bousasse a toutes les raisons de s’affoler au regard du pédigrée des instigateurs du projet (le réalisateur d’Atomic Blonde dirigeant les acteurs de Skyscraper et d’En eaux Troubles, dans le premier spin-off de la franchise Fast and Furious , qui prête son scénariste pour l’occasion. Comment ça, ça fait pas rêver? ). Et effectivement, les cendres de la décence artistique la plus élémentaire nous caressent déjà les narines sur le papier.

Pourtant, nous soutenons (car oui, Nous sommes nombreux et motivés, et bientôt sur vos ronds-points pour le prouver) qu’il y a des raisons effectives pour que cette combinaison improbable n’ait accompli l’impossible à l’écran. En avant la musique.

Alpha-buddy

A l’instar de Tango et CashHobbs and Shaw répond à une hypothèse particulière (et finalement peu exploitée) de buddy-movie, ou deux mâles alpha sont à égalité de capacité dans l’action. Pas de hiérarchie entre les personnages donc, mais un gros concours de couilles où le traditionnel « je t’aime moi non plus » est agrémenté d’un « c’est moi qui ai la plus grosse  ». Or, Hobbs and Shaw semble avoir parfaitement intégré sa problématique au cœur de son dispositif.  Pas seulement parce que Dwayne et Jason confirment l’alchimie non feinte qui constituait la seule raison de garder un oeil ouvert dans le dernier Fast and Furious. Mais parce que le trailer insiste sur cette idée pour l’ériger comme l’élément pathogène autour duquel s’article tous les compartiments du projet. Voir cette baston où les antagonistes confrontent leur style par vitre sans tain interposée, ou cette descente improbable en rappel le long d’un immeuble qui oppose le flegme roublard de l’anglais à l’impulsivité kamikaze de l’américain. Ou quand le sens de l’hénaurme se conjugue à ce qu’il convient bien d’appeler de l’expressivité narrative.

C’est précisément là que le film commence à marquer des points sur l’une de ses parti-pris les plus litigieux, à savoir son réalisateur David Leitch. Suite au carton de John Wick qu’il coréalisa avec Chad Stahelski, Leitch fut propulsé avec son compère « next big thing » pour les studios qui découvraient le cinéma d’action en plan-séquence. Le binôme s’est séparé, et Stahelski a surpris en prouvant qu’il avait une vision d’ensemble qui dépassait son argument de vente avec John Wick 2. A l’inverse, son compère a montré que la sienne consistait à résumer son cahier des charges par les tics de fashionistas équivoques aux projets qu’il investissait (les pénibles Atomic Blonde et Deadpool 2). 

Bref, à priori pas de quoi se réjouir. Et pourtant, c’est peut-être pour ça que c’est une bonne nouvelle. Car Hobbs and Shaw, c’est justement un cahier des charges conçu autour d’une idée simple mais qui requiert le sens de l’action physique dont Leitch est devenu (quelque peu abusivement certes) l’un des hérauts modernes. Au fond, ni Atomic Blonde ni Deadpool 2 n’ont vraiment offert à Leitch l’occasion de faire autre chose que de l’action (très) encadrée par les velléités respectives de ces deux projets. A l’inverse, Hobbs and Shaw semble précisément conçu autour de ce que le réalisateur est à même de lui apporter. Pas une patte donc, mais un savoir-faire dans la tatane à même d’orienter correctement le bazar sur les courants sur lesquels il navigue.

Ainsi, le trailer dispense son lot de WTFuckeries numériques (franchement réjouissantes pour le coup, car parfaitement au diapason des personnages), mais c’est davantage les confrontations mano-à-mano qui s’avèrent mis en avant. Hobbs and Shaw renvoie ainsi au temps où les films d’actions étaient vendus sur le plaisir de voir des acteurs en mouvements et non pas sur des scènes d’action pris en charges par le département des effets spéciaux, où la perspective d’une confrontation de caractères constituait un motif d’attente légitime . 

The bad guy is the key guy

A défaut d’un bon cinéaste, la production pourrait ainsi avoir débaucher un outil employé pour les bonnes raisons. Un argument fragile sur le papier mais qui semble prendre vie à l’écran à travers la relation des deux acteurs et son imbrication au sein même des scènes d’actions. Mais aussi au détour de l’attention particulière qui semble avoir été portée aux seconds rôles.

Ils croient encore que c’est leur film ces cons-là…

De fait, on se réjouit de retrouver Vanessa Kirby après son apparition dans Mission Impossible : Fallout. D’autant que les airs inaccessibles de la belle semble soutenir un investissement physique tenant la dragée haute à ses collègues masculins. Mais c’est surtout Idris Elba qui retient l’attention dans le rôle du bad guy. En quelques minutes, le neo-kickboxer écrase littéralement l’écran de sa présence (sur)naturelle, met fin aux débats avec la punchline de l’année (« I’m the black Superman »), et même Statham et Johnson doivent se mettre à l’abri pour se protéger du swagg insolent de leur némesis. Bref, il enterre d’un pouce tous les méchants réunis des Fast and furious(Statham excepté). Et surtout, on croit instantanément que Johnson et Statham ne seront pas trop de deux pour en venir à bout.

C’est l’excellente idée qui se dessine à travers ce trailer : justifier la réunion des deux mâles alpha du cinéma de gros bras actuel à l’aune de la surpuissance d’un méchant hyper-charismatique. Ainsi, au-delà des fantasmes soulevés par son postulat et des gages distribués au public-cibless, Hobbs and Shaw véhicule depuis deux trailers des raisons concrètes de croire en son karma. Ce qui ne veut pas dire abandonner toute prudence quant au résultat (le pire reste toujours plus probable que le meilleur à l’heure actuelle), ni que l’on doit s’attendre à un « bon » film au sens premier du terme. Mais pour ce qu’il vend plutôt que pour ce qu’il n’aspire pas à être, Hobbs and Shaw semble appartenir à une espèce que l’on croyait en voie d’extinction : les films cons intelligemment conçus. Le nez plein de 0.9 et les couilles pleines de jus boosté aux anabolisants. A l’ancienne quoi. 

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ANTOINE FUQUA: THE LAST BOY SCOUT

Loin de moi l’idée de transformer ce blog en fan page (et quand bien même, j’fais ce que je veux, je suis chez moi), mais bon on ne choisit pas ses obsessions. D’aucuns estimeront que s’aménager des tranches horaires au revisionnage du Roi Arthur et des Larmes du soleil constitue le signe d’une vie cinéphilique médiocre, ou d’un temps libre excessivement mal dépensé. A ceux-là je répondrais : arrêtez de prendre les beaux jours comme prétexte pour vous envoyer des pintes en terrasse, et faites-vous les versions longues. Aux autres, qui savent apprécier la valeur d’Antoine Fuqua, même quand ses films mettent leur seuil de tolérance à l’épreuve, mettez-vous à l’ombre et commandez frais : here we go again. 

AU VERRE PAS A LA BOUTEILLE

A l’instar de nombreux réalisateurs qui n’ont jamais su se poser en prescripteurs de tendance, le travail d’Antoine Fuqua a toujours été coupé à l’unité par la critique. C’est-à-dire considéré uniquement à l’aune de l’argument de vente de ses films, qui avaient le tort de creuser des sillons ouverts par d’autres. Un tueur pour cible ? Du John Woo moulé aux standards MTV. Le roi Arthur ? Du péplum post-Gladiator déjà réchauffé. . L’élite de Brooklyn ? Un ersatz fatigué de… Training Day, seul film pour lequel le réalisateur a pu bénéficier d’une reconnaissance (relative) de son identité artistique.

Bref, là où chez d’autres la diversité de leur filmographie motive leurs exégètes à en mettre les points cardinaux en valeur, pour Antoine Fuqua, c’est la preuve d’un faiseur qui se contente de suivre le sens du vent. Le fait que le réalisateur ne soit pas forcément son meilleur avocat (comme on l’avait expliqué ici) n’aide pas vraiment à dissiper une étiquette de girouette, qu’il ne mérite pourtant pas. 

Je suis toute ouïe…

RESISTANCE D’EPOQUE

En effet, il y a quelque chose de passionnant dans sa filmographie qui dépasse la seule dimension qualitative que l’on peut accorder à son travail. Car si on se fie à la génération à laquelle il appartient, Antoine aurait dû en toutes logiques se rejoindre les rangs des relativistes. Question d’époque : les années 90, c’est la chute du mur de Berlin, le déclin des zones de luttes traditionnelles, la fameuse « sortie de l’histoire »… Ce qui était bien ou mal hier devient sujet à caution aujourd’hui, et l’ambiguïté a supplanté le manichéisme dans le cœur des artistes qui doivent se faire l’écho de l’air du temps.  Bref, tout est remise en question, même et surtout l’élémentaire. C’est David Fincher, Bryan Singer, Gore Verbinski, les soeurs Wachowski… Autant de cinéastes qui, chacun à leur manière, ont soumis à l’inventaire les grands récits qui ne trouvaient plus de réponses aux questions de ses nouveaux enfants terribles. 

Or, si son empreinte visuelle est indéniablement moulée dans les pas de son époque, Fuqua s’ingénie à en prendre le contre-pied idéologique. Quand ses semblables obscurcissent la trajectoire de ses personnages, lui avance à la ligne claire. Au règne de l’anti héros à la moralité ambivalente, lui embrasse la figure du héros sans modération.  Le mythe du cowboy s’éloignant dans le soleil couchant après avoir nettoyé la ville, c’est pour lui. Le fil conducteur de sa filmographie peut se ramener ainsi à ces hommes (car c’est aussi l’un des derniers réalisateurs à faire du cinéma d’homme, au sens premier du terme) animés par la seule envie de faire le bien, sans plus de justifications . Quitte à agir contre leurs intérêts immédiats

C’est Chow Yun Fat qui se met les triades à dos dans Un tueur pour cible après avoir refuser de tuer un enfant. C’est Bruce Willis et son unité qui choisissent d’escorter un groupe de réfugiés au péril de leur vie et au mépris des ordres de leur hiérarchie dans Les larmes du soleil. C’est évidemment Ethan Hawke, candide qui met son idéalisme à l’épreuve des assauts du démon Denzel Washington dans Training Day. C’est ce même Denzel Washington, qui sort de sa réserve dans les Equalizer pour administrer leur châtiment aux âmes corrompues qui trahissent ses principes d’humanité…

SEUL (OU PRESQUE) AU MONDE

A l’instar de ses personnages, Fuqua avance en solo. A cet égard, Robert McCall est peut-être son personnage qui lui ressemble le plus. Ou du moins celui qui incarne le mieux cette quête d’absolu que le réalisateur oppose aux compromis dont s’accommodent le commun des mortels. De fait, le sens de la justice intransigeant et volontiers psychorigide de McCall ne s’embarrasse d’aucunes circonstances atténuantes pour punir ceux qui violent ses tables de lois. Comme le cinéaste le déclarait en substance à Mad Movies à la sortie de L’élite de Brooklyn: « A la fin de la journée, le mal, c’est le mal point ». Sans ambiguïté.

– Bénissez-moi mon père, parce que j’ai pêché
– Je sais

A l’instar de Mel Gibson, toute la filmographie de Fuqua repose ainsi sur ces figures habitées par une force de caractère les poussant à refuser le moindre arrangement avec leurs principes. C’est aussi le cas des héros de John Woo, chevaliers des temps anciens égarés dans un monde qui ne reconnait plus leur état d’esprit. Ainsi, plus que le « John Woo pour les nuls » capitalisant sur l’imagerie du réalisateur auquel il a été réduit, Un tueur pour cible jouait filiation pour mieux formuler la note d’intention de toute une carrière. Une convergence des valeurs qui fonde également ses noces prolongées avec Denzel Washington, acteur avec lequel il en est à son quatrième film et qui partage avec Chow Yun Fat (héros d’Un tueur pour cible et ancien acteur fétiche de John Woo) l’ADN des grands hommes à l’écran. Le genre à incarner cette autorité morale inflexible qui fait baisser le regard aux impies et se fiche bien que l’époque ne soit plus à la verticalité de la vertu. L’Evangile selon St Denzel rédigé par Antoine Fuqua, c’est un concentré d’Ancien Testament hardcore qui expédie les injustes dans les bras de leur destin.

LES RACINES DU MAL

Il faut bien ce genre de figures d’autorité (donc pas Mark Wahlberg qui liquide du sénateur véreux à tour de bras pour se venger de porter un prénom composé dans le « redneck-pleaser » Shooter-Tireur d’Elite) pour lutter contre ce qui constitue le véritable ennemi chez Fuqua. En effet, si sa filmographie (à quelques exceptions près) compte finalement peu de bad guy vraiment mémorables, c’est parce qu’il se bat contre une idée plus que contre un personnage : le compromis. Celui qui finit par rimer par compromission, une accommodation après l’autre, et qui finit par jeter les meilleurs dans les bras du malin.

On pense au personnage de Denzel dans Training Day bien sûr, mais aussi à L’élite de Brooklyn, premier film du réalisateur dépourvu de good guy et véritable conte moral qui accompagnait des personnages perdus dans la corruption ordinaire vers leur fatalité. Le cinéaste posait un regard sans concession mais plein de compassion sur ces âmes en perdition, qui imprégnait déjà ce qui constitue sans doute son œuvre la plus aboutie : Les larmes du soleil version director’s cut. Un film qui raconte justement des personnages qui empruntent la voie du jusqu’au boutisme pour se reconnecter avec leur humanité, et en terminer avec une vie passée à « regarder de l’autre côté« . 

C’était pas notre guerre lieutenant

 Les larmes du soleil est le western que Fuqua n’a pas réussi avec le remake des Sept mercenaires. Son film ou les soldats ne se définissent plus comme les sauveurs invulnérables d’un autre indistinct, mais les guerriers qui protègent les autres membres de la communauté de fortune à laquelle ils ont offert leur allégeance. Ils n’imposent pas leur héroïsme de façon verticale mais horizontalement, une valeur qu’ils partagent avec les autres.

Ce besoin de recommencer quelque chose sur les cendres de ce qui a été, de fonder un ordre social qui s’émancipe du vieux monde pour essentialiser une humanité fondamentale est au cœur d’un récit américain dont le cinéaste s’est fait le hérault. Le dernier peut-être à croire aussi totalement dans ses mythes fondateurs. Ce qui pourrait-être une bonne définition d’Antoine Fuqua: un réalisateur de western des années 50 qui croit encore dans l’absolu de ses archétypes. Quand la mode est à la dédramatisation de connivence et la dramaturgie de salon qui vient expliquer la vie aux bidasses, un vrai romantique label rouge, garanti 100% sans cellules souches postmoderne, ça rétablit un semblant d’équilibre.

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JOKER: DON’T STOP BELIEVING

C’est le buzz de cette fin de semaine : la tant attendue bande-annonce de Joker, le film ultra-anticipé consacré au bad guy le plus célèbre de l’univers Batman, est enfin tombée. Et comme on pouvait s’y attendre, la fièvre s’est emparée d’internet en moins de temps qu’il n’en faut à Marlène Schiappa pour lancer un facepalm challenge. Twittos, Tutubers, influenceurs de tous bords, bref tous ceux dont la visibilité devrait engendrer un devoir de scepticisme et qui se font les relais de communication des majors, ont joué des coudes pour diffuser la bonne parole. Avec l’absence de précautions habituelle pour ériger une note d’intention en parole d’évangile avant même d’avoir dressé l’office.

Bref, tous les signaux de la bousasse porté par une hype imprudente sont réunis.

Happiness Therapy 2: Il est revenu

A priori, pas de raisons que Joker échappe au syndrome Suicide Squad , Black Panther, Venom, et autres produits dont la singularité érigée en argument de vente n’existe que dans sa campagne promotionnelle. A ce titre, Joker inspire d’autant plus la méfiance que son cas renvoie directement à Venom, autre bulle à buzz récente qui s’est dégonflée aussi vite qu’elle fit grimper le thermostat.  Un bad Guy dark et violent en tête d’affiche et la promesse de contre-propositions qui va avec, un réalisateur de comédie inoffensives à la barre, et un acteur top moumoute « qui était trop artiste pour les film de super-héros comme les autres » pour montrer qu’on est pas là pour déconner. Si on y ajoute le changement de politique récente de Warner, qui prends l’exemple d’Aquaman pour illustrer son retour aux blockbusters portés par une vision d’auteur (on ne rigole pas), toutes les conditions pour que la montagne promotionnelle accouche d’un nouveau souriceau cinématographique. 

Sauf que. Sauf que malgré toutes les bonnes raisons qui subsistent de se méfier du bazar, il en reste quelques-unes pour espérer un film sinon réussit, du moins vraiment différent. Le trailer lui-même d’abord, qui ne joue pas la carte du crowd-pleaser racolant sur l’inconscient populaire du personnage. Mis à part son rire caractéristique, quelques éléments de costumes, et les renvois à l’univers de Batman, les gimmicks du clown machiavélique sont réduits à peau de chagrin. Logique me direz-vous pour une origin-story, mais force est de constater pour le moment une réelle volonté d’ancrer le personnage dans un univers avant tout définis par ses partis-pris artistiques.

Ainsi, on ne peut que constater le souci de Todd Phillips et son équipe de filmer de soigner l’écrin dans lequel doit se développer la démence de leur anti-héros. Couleurs froides et délavées pour traduire la névrose du quotidien, valeurs de plans qui amplifient l’écho de sa psychose dans l’extérieur, jeu sur le flou qui nous isole avec lui dans son malaise… En termes de note d’intention, c’est déjà plus tranché que de caler  Bohemian Rhapsody sur la bande-sonore pour faire dans l’iconoclasme

Mais surtout, le trailer marque des points à l’aune du regard qu’il semble dégager pour son icône. Le point de vue (on l’espère) de la tendresse pour le freak, qui invite le spectateur non pas à s’identifier sur la base de la compassion, mais à partager ce qui se trame derrière le masque fissuré du quotidien. Ainsi, le choix Joaquin Phoenix dans le rôle-titre ne semble pas tant relever de la « prise de guerre » que d’une compréhension intrinsèque de la persona de l’acteur. Plus encore que sa propension à investir les profils borderline, Phoenix s’est toujours distingué par sa capacité à pousser la névrose de ses personnages « off-limits » sans perdre l’empathie du spectateur, à jouer à la lumière de sa fragilité dans les recoins les plus obscurs. Sa prestation, qui s’annonce déjà comme l’un des événements les plus commentés de cette fin d’année, s’annonce à l’aune de ce trailer comme le signe de reconnaissance d’un projet qui tient à sa cohérence organique. 

Encore un film qui va retomber sur la gueule des clowns

Enfin, il y a Todd Phillips. Phillips, réalisateur über-sympathique de comédies gentiment frappadingues depuis 1998, qui a pignon sur rue chez Warner depuis le carton-monstre de Very Bad Trip et s’attaque sans aucun doute au plus gros défi de sa carrière. A l’instar de Ruben Fleisher avec Venom, rien ne le prédisposait à hériter des rênes d’un tel projet sur le papier (d’autant plus à l’aune du caractère inégal de ses derniers films). Rien, sinon une certaine propension à filmer des personnages dans des situations décalées et/ou absurdes. 

Mais en y regardant plus attentivement, Phillips ne fait que concrétiser sa rencontre avec une figure qui a toujours parcouru sa filmographie. Si le cinéaste s’est fait une spécialité des personnages déjantés, tous ses films sont systématiquement perturbés par un protagoniste qui dépasse les limites de la folie définie comme « acceptable ». Tom Green dans Road Trip,Will Ferrell dans Retour à la Fac, évidemment Zack Galifianakis dans les Very Bad Trip….  Autant d’agents de chaos permanents, inadaptés et inadaptables au monde, qui communiquent avec l’extérieur par à-coup. Des Joker en puissance quoi.

Contrairement au traditionnel sidekick présent pour assurer la caution décalée de l’ensemble, les persos de Phillips ne sortent jamais vraiment de leur bulle et ne se définissent jamais dans leur capacité à se racheter une conduite dans un semblant de normalité.  Il y avait déjà cette tentative (loupée mais louable) dans Very Bad Trip 3 de dériver vers une tonalité plus dramatique, en faisant du personnage de Galifianakis la force motrice du récit, et non plus son élément perturbateur. Une volonté déjà plus manifeste dans War Dogs, comédie en demi-teinte mais drivée par un hallucinant Jonah Hill en croisement improbable… du Pingouin et du Joker War Dogs constitue le point de bascule du cinéma de Phillips, qui franchissait alors la ligne qui séparait ses zinzins dangereux pour eux-mêmes du psychopathe menace pour autrui. Comme s’il s’agissait de l’ultime préliminaire d’un entrainement qui a duré 20 ans avant de se jeter (enfin) à l’eau. 

Joaquin Phoenix a confessé que c’était la connaissance totale et absolue de Phillips du personnage qui l’avait décidé à accepter le rôle, après une période d’hésitation fortement médiatisée. Pour le coup, on est tenté d’accorder le bénéfice du doute à l’habituel packaging promotionnel. Soyons clairs : à l’heure aujourd’hui, et probablement jusqu’à la sortie, on est pas à l’abri d’un autre coup de cochon marketing. D’autant que Phillips va devoir sortir le grand jeu qu’il n’a encore jamais déballé pour honorer sa note d’intention. Mais on est disposé à laisser une chance à Joker. Non pas parce que tout indique une réussite annoncée, ni par faiblesse geek pour son mythique personnage, ni par adoration pour son acteur principal. Mais parce qu’il pourrait bien s’agir d’une œuvre VRAIMENT personnelle pour son instigateur. Et en plus, sous le chapeautant de Martin Scorsese en personne. Ca vaut au moins le coup de le retwitter plusieurs fois.