KURT RUSSELL RHAPSODY

Il a joué le King des entertainer chez John Carpenter, mais à l’écran Kurt Russell n’a jamais rien eu d’un beau parleur.

Pourtant il en a joué des persos fort en gueule, avec sa tronche de bourreau des cœurs qui a son rond de serviette tout prêt dans les soirées de l’ambassadeur. Mais Snake Plissken n’a jamais été homme à frotter la vitrine. Bad Mother fucker à la ville comme dans les films, anti héros de conviction par vocation, Kurt ne force jamais la carte de la séduction. Son truc à lui, c’est plutôt de danser avec l’interdit, de faire le contraire de ce qui devrait être fait et dit.

On imagine sans peine ses agents compter se ronger les sangs en regardant leur client prendre à contre sens l’autoroute de la reconnaissance. Chez Zemeckis ? Vendeur de voitures d’occasions qui fait du moonwalk sur la morale et fourbit ses plans de grandeurs sociales depuis sa caravane. Jack Burton? Casquette de redneck et Marcel de kéké qui passe son temps à glisser sur les peaux de bananes qu’il vient d’éplucher. Tango et Cash? Sly tout-puissant en lunettes et Armani qui se paye un sparring partner qui pue des ieps pour briller sur le dos de sa coupe mulet de ce dernier. On en passe des vertes et des pas mûres, mais pour le dire cash : Kurt roule à tombeaux ouverts sur le boulevard de la mort sans toucher au frein dans les virages . Ca passe rarement ou ca casse surement, mais chez lui ça glisse tout seul. Pourquoi, comment? Parce que.

« Ce qui ne me tue pas me rend plus fort« , mode Broly.

Avant même que Brad Pitt n’en fasse la réclame dans Fight Club, le  » Je m’en bat les couillismes » avait déjà trouvé son Hérault chez Kurt. Kurt, c’est le mec en rouflaquettes et sandales chaussettes que tu regardes danser le collé-très-serré avec ta belette. Kurt, c’est le mec à qui tu donnes le code de ta CB pour te racheter ta télé. Kurt, c’est le mec que tu largues au Pole Nord en slip, et que tu revois le lendemain boire un Ricard dans ta piscine. Kurt, c’est le plouc qui te rappelle que tu seras toujours moins charismatique que ses reveils les plus difficiles. L’habit ne fait pas le moine, et Kurt Russell n’a eu de cesse de défroquer les prêcheurs dans leur propre paroisse. Stallone s’en souvient encore, lui qui s’est retrouvé à tenir la porte à son sidekick fringué comme s’il dormait dehors. Tout est dans l’attitude, et celle de Kurt ne se laisse pas altérer quelque soit le niveau d’altitude. Car c’est la puissance du Kurt: il n’a pas besoin d’être poli pour susciter la sympathie.

Nul besoin d’arrondir les angles pour rendre fréquentable les personnages les moins recommandables. Il peut renvoyer l’humanité s’éclairer à la bougie (Los Angeles 2013), flinguer une innocente sans bouger un cil (Soldier), tabasser des minorités visibles sans faire semblant de ne pas être raciste (Dark Blue), le spectateur ne l’inculpe jamais pour ses délits. C’est dur de détester quelqu’un qui fait bien son travail disait Hitchcock, et chez Kurt ne survit aucun angle mort. Tout ca sans se faire remarquer. Un grand acteur discret c’est celui qu’on ne voit pas jouer, et Kurt a toujours su ne pas montrer au spectateur ce qu’il était en train de dérouler. Il ne pose pas: il incarne, et toujours à hauteur des personnages. « What you see i what you get »: les héros russellien ne nous disent pas ce qu’on voudrait entendre, ils nous donnent ce dont on a besoin pour les comprendre.

« And I’m Stillll Standing... »

Pas plus, pas moins: dans Soldier, c’est à peine 100 mots en monosyllabe pour faire exister son personnage à l’oral. A l’écran ses phrases explosent à l’impact et l’onde de choc se propage dans les non-dits. Le sergent Todd 3465 n’a pas été créer pour parler mais pour agir, pas pour penser mais obeir. C’est une chose de jouer sans les mots, c’en est une autre d’incarner quelqu’un qui ne les as pas.

Les yeux fermés et la bouche vide, de langage donc de libre arbitre. C’est l’histoire d’un homme qui découvre sa voix, au sens strict: Kurt invente le silence muet ET volubile, livre ouvert sur une page blanche sur laquelle il apprend à écrire. C’est la marque des géants, mais Kurt n’a jamais respecté le protocole de la performance.

De sa faute en partie, à moins qu’il n’ait fait un vœu au mauvais génie : trop souvent la meilleure raison de voir ses films, on ne retient que lui, et le reste tombe dans l’oubli. Mais on en fait le pari: le futur lui rendra justice, et lui donnera enfin la place qu’il merite. Les vraies légendes voient plus loin que les borgnes de l’air du temps.

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