One Shot: Un film, un seul.

One Shot, c’est la dernière pierre en date ajoutée par Scott Adkins à son édifice imposant dans le direct-to-vod de plateformes. La dernière en attendant la prochaine, qui ne devrait pas tarder. C’est que le stakhanoviste briton du high-kick sur écran plat est productif, et dans la masse tout se ressemble. Et pourtant, One Shot mérite VRAIMENT que l’on y regarde de plus près.

A priori, aucune raison de ne pas résumer le film à son argument de vente : le (faux)plan-séquence unique sous lequel il a été tourné. « One Shot », un plan : tout est dans le titre, plus que dans le pitch. Jugez plutôt : une unité de Navy Seals mandatée pour escorter un terroriste se retrouve prise au piège sur une base militaire perdue en Europe de l’Est lorsqu’une troupe de mercenaires barbus et dangereux débarque pour les empêcher de sortir le colis. Ça rappelle quelque chose et rien à la fois, ça a déjà été fait par quelqu’un et surtout n’importe qui. Bref on a déjà vu le film, plan-séquence ou pas. 

Mais le réalisateur James Nunn ambitionne de faire autre chose que du high-concept de ravalement de façade pour contribuer aux highlights de son acteur principal. Là où on attendait un film-gimmick qui use son dispositif au bout de dix minutes, One Shot entreprend de marcher sur les traces d’un Alfonso Cuaron (oui oui, rien que ça), et bouge les lignes sur la forme pour altérer le fond.

Moins doté et évidemment moins doué que le réalisateur des Fils de l’Homme, l’anglais s’emploie néanmoins à penser le mouvement du cadre en fonction du mouvement DANS le cadre, à construire sa scénographie à l’écran avec ce qui se passe hors-champ. On n’est pas dans un John Wick like où le spectateur serait prié de s’extasier devant les prouesses de Scott pulvérisant du bot en long-shot ostentatoire. Comprenons-nous bien : le spectacle ne pointe pas aux abonnés absents, bien au contraire. Adkins honore son contrat de confiance avec un body-count qui dépasse sensiblement la jauge familiale, et ajoute à sa boite outil un usage du couteau qui fera frétiller les amateurs du Steven Seagal de la grande époque. On aurait pu l’appeler « One Schlass » : opération flash sur tout le rayon charcuterie, des bouboules aux boubouches

Mais tout est dans la manière, et ici le spectateur n’a pas plus conscience de la caméra que des marquages scéniques horriblement complexes que notre Yuri Boyka préféré et ses collègues ont dû mémoriser au centimètre près pour se coordonner avec les mouvements d’appareils. Tout ça emballé/pesé en moins de 20 jours, excusez du (très) peu. Pas besoin de cérémonie, l’oscar de la performance de tournage 2022 est d’ores et déjà attribué à l’équipe technique. Un genou à terre, s’il vous plait. 

Jess Liaudin, Scott Adkins: Clash of The Titans

D’autant plus qu’à l’écran, One Shot n’a rien d’une performance à Oscar justement. On n’est pas chez Roger Deakins Sam Mendés : il ne s’agit pas de remarquer le dispositif, mais d’oublier l’écran. Il n’y a plus qu’un espace scénique live, qui se déploie à mesure que le récit évolue au fil des points de vue. L’histoire se raconte sur scène (au sens théâtral du terme) et s’étale spatialement avec les différents protagonistes que la caméra invite le spectateur à suivre. Comme une course de relais qui donnerait la parole à chacun, y compris ceux qui n’auraient pas eu voix au chapitre autrement. 

Ici, c’est le bad guy en chef joué par l’excellent Jess Liaudin qui confie ses remords sans dire un mot au spectateur, alors qu’il est train d’emmener l’un de ses hommes au suicide à la ceinture d’explosif. Là, c’est le Seal en bout de course qui sent la faucheuse s’approcher en pleine fusillade, ou le terroriste qui court à en perdre haleine pour retrouver une raison de vivre et pas de mourir. Ça peut paraitre anodin a l’écrit, mais c’est à l’image c’est essentiel : la liberté que l’espace scénique trouve hors des bords du cadre est celle que les personnages s’octroient hors de leur stéréotype de genre. La forme devient une question de fond, et reconfigure totalement les attentes du spectateur. Les méchants ont de bonnes raisons de l’être, les gentils de mauvaise et à la fin, « l’axe du mal » fait des tours sur lui-même. One Shot réussit avec toute sa modestie de production là ou Peter Berg échouait sur Le Royaume, même en faisant du Michael Mann : sortir le spectateur des certitudes de la guerre des civilisations pour lui parler à visage humain. 

C’est quoi, du vrai cinéma ? Des films qui n’ont pas besoin d’être parfaits, mais d’être filmés exactement comme ils l’ont été. La mise en scène commence là où le dictionnaire des synonymes des images s’arrête. 

Encore une fois, la proposition de One Shot ne pourra pas atteindre ceux qui s’arrêteront à ses signes extérieurs de pauvreté. Oui, le budget est serré comme un week-end petit déjeuner non-compris à Bucarest, oui la direction artistique rhabille tant bien que mal le terrain de paintball loué au mois qui sert de décor, et oui les figurants mettent leur garde-robe à contribution. Vous pouvez swipper sans états d’âmes, à vous les studios. Les autres y trouveront un film qui lie sa raison d’être à ses choix de mise en scène, et donne un peu de cinéma au spectateur qui s’attendait à trouver un film de plate-forme interchangeable. Et ouais. 

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