POURQUOI REVOIR DIRTY DANCING AU CINEMA ?

Vous connaissez le Popcorn Reborn Summer Festival ? C’est pas grave, il est encore temps de bien faire. Ça se passe à Arras, sympathique ville des Hauts-de-France dans laquelle réside l’association Popcorn Reborn (forcément). Inquiets et dépités par les annulations de sorties des blockbusters U.S l’an passé, les soldats de la culture pop qui composent l’asso avaient répondu en inventant leur été américain à eux. 

La salle de cinéma comme support de redécouverte : pour nous, l’avenir de l’exploitation cinématographique se joue aussi dans cette proposition. De l’anneau de pouvoir au pic à glace, de la chasse au trésor à la quête du porté idéal : cet été, la 2ème édition du Popcorn Reborn Summer Festival en met encore pour tous les goûts. 

Pourquoi revoir Dirty Dancing en salles ? En voilà une question pas si vite répondue. En effet, le film d’Émile Ardolino fait partie de ces « fan’s favorite » que tout le monde pense connaitre sans en avoir forcément l’avoir vu. « Personne ne laisse bébé dans un coin », Patrick Swayze tout de Tony Manero vêtu, karaoké sur Time of my life à 1h du mat avec dans la foulée le porté à 2 grammes pour les plus intrépides et bim! L’affaire est dans le sac. De film-culte, il ne reste finalement que le culte, agencé dans une somme d’éléments de langages repris à tue-tête par l’inconscient populaire. 

Mais derrière l’Image d’Épinal, il y a un cœur qui bat. En l’occurence et d’abord celui du scénario écrit par Éléonore Bergstein, qui ne couche pas ses souvenirs de vacances familiales sur le papier pour le plaisir de se lover dans leur nostalgie. « C’était mieux avant » ne date pas d’aujourd’hui, et la réminiscence doucereuse des Sweet 60’s lors du générique s’arrête à la surface de la carte postale qui déploie dans les premières minutes. Bébé arrive en ville, et perçoit ce qui se joue sous le dépliant publicitaire.

A savoir une ségrégation sociale collectivement intériorisée, qui se passe de commissaire politique pour maintenir son statu quo. Le monde se divise en deux catégories : ceux qui servent, et ceux qui se font servir. L’aliénation de classe est un mystère américain que n’importe quel citoyen du monde ayant goûté aux joies du All-inclusive d’un paradis pour touriste a pu expérimenter. Dirty Dancing a surement un peu vieillit, mais le temps est peut-être plus dur encore envers la mondialisation des moeurs sociales épinglées dans le film.

« Johnny, je vole !! » L’homme tient la femme pendant qu’elle déploie ses ailes. Le porté, une allégorie James Cameron approved.

Tout cela ressemble à un propos, mais qui tient essentiellement dans ces lignes, ne vous inquiétez pas. 35 ans d’existence n’ont pas transformé Dirty Dancing en un film de Ken Loach, grand bien nous en fasse. Éléonore Bergstein pense le monde, mais fait confiance au spectateur pour réfléchir par lui-même. Tout est une question de point de vue : en l’occurrence celui de Bébé, joué par Jennifer Grey, qui débarque en famille dans cet îlot pour upper-class en pantacourt. Ses frustrations, les envies qu’elle n’ose pas assumer, le cadre familial oppressant : tout ça passe sans être dit.

On appelle ça du cinéma, efficace comme lorsque le grand-écran fait confiance à l’intelligence émotionnelle du spectateur. Le « female gaze » est avant tout une affaire d’empathie qui s’exprime pour chacun de ses personnages, quel que soit leur rang. La discrimination sociale à l’œuvre dans l’histoire n’atteint ni la plume ni la caméra de ceux qui la raconte. Servez-vous, il y en a pour tout le monde, y compris le spectateur. 

Et puis, il y a les scènes de danse, libératrices comme des numéros chorégraphiés par un élève formé à l’école Gene Kelly. Émile Ardolino ne fera plus grand-chose derrière la caméra après Dirty Dancing, mais pour Kenny Ortega il y aura un après sur la même trajectoire de l’avant. Le futur réalisateur de This is it (le documentaire testamentaire de Michael Jackson) saisit mieux que beaucoup la dimension anthropologique qui se cache derrière les instants de bravoure dont il a la charge. Le mouvement libère, et ce d’autant plus que le corsetage social oppressant a été soigneusement posé en amont.

De fait, Dirty Dancing est un film surement plus heureux et expressif quand il bouge que quand il parle (les répliques collent parfois un peu au palais, il faut l’avouer), et ça tombe bien il bouge beaucoup. Territoire du mythe, le cinéma donne la pleine mesure de cette émancipation de soi-même qui se diffuse des personnages aux spectateurs lors des scènes dansées. L’écho de la transcendance est d’autant plus fort quand les limites de la toile sont larges. Sur la piste du grand-écran, Dirty Dancing nous rappelle ainsi la raison de cinéma intemporelle qui se cache derrière le souvenir d’époque. 

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