Billet

FASTER: DWAYNE LE CIMMERIEN

Il fut un temps où Dwayne « The Rock » Johnson poursuivait des objectifs de carrière nettement plus gratifiants que celui de disputer à Vin Diesel le culte de personnalité le plus embarrassant du Hollywood pré-COVID 19. Notamment celui de s’affirmer comme le successeur désigné d’Arnold Schwarzenegger, et prendre la place du Governator sur le trône des quadruples XL qui demandent l’impossible à leur t-shirts et font craquer les bâtis de portes avant même d’en franchir le seuil. 

Parmi les efforts pas vraiment payants mis en oeuvre par l’ancien catcheur pour imposer la filiation, il est au moins un titre pour se dégager des Bienvenue dans la Jungle, Tolérance Zéro et autres Fast and furious qui composent la revue de presse de son compte Instagram. C’est évidemment Faster, sorte de comptine de l’Ancien Testament déguisé en revenge-movie hardcore ou Dwayne marche les traces de l’un des rôles les plus emblématiques de son glorieux modèles. A savoir, Conan le Barbare

Si Le roi Scorpion (film ouvertement mis en chantier pour solliciter la filiation avec le héros crée par Robert E. Howard) s’approchait plus de Conan le destructeur (voir Kalidor), c’est bien à la porte du film de John Milius que Faster gratte pour dessiner la trajectoire d’un héros défini par sa quête de vengeance. Destin scellé par la perte d’un être cher tué par un monstre sous ses yeux impuissants, dons pour la violence cultivés dans un environnement darwinien, puissance exalté qui dégage toute tentative de confrontation… Les rappels avec Conan le Barbare sont légions, et le film engage définitivement sa parenté avec le cimmerien dans une démesure iconique qui déborde largement le genre investis.

Faster fait ainsi du Driver un mythe échappé de sa boîte, qui écrase un monde matériel trop étroit pour lui. Non pas en rajoutant, mais en retirant: c’est l’épure ici qui accentue le pouvoir d’évocation de l’ensemble. Il n’y a plus rien pour lui entre le point A et le point B, entre une victime et une autre. L’équivalent littéraire de Faster, c’est un Pulp écrit en morse, qui ne donne même pas de prénom au personnage (dans un premier temps). Ce serait déjà trop de psychologie pour la quintessence reptilienne à laquelle il est défini. Le driver est pas de chez nous, il provient de temps antédiluviens de la civilisation. Peut-être de cette ère barbare de l’acier, où il forgea avec Crom la pétoire hors norme qui lui sert d’épée de la vengeance.

Go ahead. Make my day.

Rarement le corps de Johnson fut aussi bien mis à contribution afin de caractériser son personnage. La démarche lourde et empressée, le corps saturé de tension nerveuse, le regard d’un buffle sous cortisone: le driver ne parle pas ou presque, il avance sans s’arrêter, et même la Mer rouge s’écarterait d’elle-même sur son passage si besoin. C’est ce qu’il n’a jamais réussi à incarner dans La momie: une force des temps obscurs libérée de son tombeau. Pas de CGI pour prononcer son aura, mais l’expressivité corporelle hors du commun de son interprète pour construire sa légende et les emporter tous. 

Il faut être juste, tout ça ne tient pas sur la longueur, et Faster cède malheureusement au tout-venant mainstream dés lors que le récit enlève au Dwayne son rôle de centrifugeuse. Dés lors que les raisons d’une intrigue convenue reprend ses droits sur son monolithe de héros, Faster cède du terrain au polar mainstream qui fait très (trop) attention à ne pas être mal compris. Comme si effrayée devant l’efficacité de l’ensemble, l’équipe se mettait à tordre le poignet à l’évidence de ses moyens d’expression à force de paraphrases et de retournement de situations téléphonés. Jusqu’a un troisième acte qui tourne le dos aux belles promesses du début dans un final convenu et moralisateur, qui essaie de réconcilier ses aspirations contradictoires dans un discours lénifiant sur la violence qui appelle la violence.

La morale est sauve, mais quand bien même Faster ralentit en cours de route, le film a au moins le mérite de nous rappeler à quel point Dwayne Johnson, c’est avant tout un formidable potentiel gâché par le pragmatisme calculateur qui conditionnera sa carrière par la suite. C’est pas rien quand même de gagner le droit de s’asseoir à la table du Tom Hardy de Warrior et de Mathias Schoenaerts dans Bullhead, les deux autres lauréats des prestations d »homme-taureau qui ont traumatisé les années 2010. Aujourd’hui, il y a peu de chances que le rocher hawaïen prenne la place du chêne autrichien sur le trône. Revoir Faster 10 ans après, c’est se remémorer une époque ou tout était encore possible.

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